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vendredi, 24 septembre 2004

À PROPOS DU RÉFÉRENDUM EUROPÉEN

BILLET du 24/9/2004

Et si le “non” au référendum sur la Constitution Européenne venait à l’emporter ? La question se posait à peine il y a quelques mois. Aujourd’hui, c’est une vraie question. Les sondages récents montrent que le “non” est déjà à 49% d’intentions de vote face à 51% de “oui” qui deviennent de jour en jour peau de chagrin.

On se souvient du référendum sur Maastricht où les sondages donnaient seulement 40% de “non” à quelques semaines du scrutin : il avait ce jour-là atteint 49%, le “oui” ne l’ayant emporté que sur le fil du rasoir. Aujourd’hui, nous en sommes à près d’un an encore du référendum. Comment l’opinion va-t’elle évoluer d’ici là ? Il y a tout lieu de s’en inquiéter.

L’épisode FABIUS est inquiétant. Si le Parti Socialiste devait s’orienter vers refus de la Constitution, il est vraisemblable que le non l’emporterait. Ce serait une catastrophe pour la construction européenne.

Le vrai débat n’est pas du tout le débat avec Laurent FABIUS : Mr FABIUS n’a fait qu’un coup tactique et il est vraisemblablement profondément attaché à l’idée européenne y compris à ce projet de Constitution. Mais le résultat de cette manœuvre tactique risque d’être calamiteux. Le vrai débat européen est plus avec un De VILLIERS à droite ou un CHEVÈNEMENT à gauche, ou encore un DUPONT-AIGNAN à l’UMP. Le vrai débat est celui qui oppose les souverainistes aux pro-européens.

Et notre faute à nous, pro-européens, est de n’avoir pas su expliquer, notamment pendant la campagne de Juin, les enjeux de la construction européenne et ceux en particulier de cette Constitution, même si celle-ci n’atteint, dans le projet actuel, qu’à peine 30% de l’ambition voulue par le très visionnaire GISCARD d’ESTAING. Si nous avions su l'expliquer, Mr FABIUS ne pourrait pas sortir aujourd’hui ses énormes bêtises qui vont jusqu’à vouloir poser des conditions qui n’ont aucun rapport avec le traité constitutionnel.

Nous allons nous retrouver dans une situation comparable à celle que nous avons connue au moment de Maastricht : d’une part, il y a les “élites”, majoritairement favorables à la construction européenne, qu’elles soient de gauche ou de droite (sauf leurs extrêmes), et qui savent bien qu'il n’y a pas d’avenir pour la France, ni pour les français, c’est-à-dire pour l’économie et pour le social, en dehors de la construction européenne. Et face à ces “élites”, il y aura des réactions populaires qui sont beaucoup plus violentes contre cette construction qu’elles rendent responsables de tous leurs malheurs.

Il ne faut pas faire de populisme : le peuple peut aussi se tromper. Et si par malheur la France votait non et que la construction européenne soit, dans ce cas, arrêtée pendant des années, on verrait les mêmes couches populaires - agriculteurs, salariés et bien d’autres et dont l’activité repose essentiellement sur nos échanges européens - protester contre les insuffisances de la construction européenne.

Il y a là une sorte de contradiction que nous ne manquerons pas de retrouver. C’est sur ce registre que FABIUS joue “populiste” et ce pour des raisons strictement personnelles. Personne n’est dupe : depuis l’université d’été du PS à La Rochelle, il était coincé par Hollande et il lui fallait en sortir. Sa manœuvre est habile car les chances du non au sein du PS ne sont plus minces du tout.

Que peut-on faire contre cet euro-scepticime ? On ne peut quand même pas dissoudre le peuple ! Quelles sont les objections de ces euro-sceptiques ? Ils ont en tout cas au moins une objection excellente : elle consiste à dire que, depuis la Révolution française, le véritable cadre de la démocratie a été l’État-Nation. Non seulement la démocratie n’a jamais existé hors de ce cadre, mais l’État-Nation a été le cadre de la solidarité entre les citoyens dans le pacte social qui les relie entr’eux. Les euro-sceptiques estiment ne pas pouvoir être représentés, ce que la démocratie exige, par une sorte de classe politique européenne abstraite qui ne correspond à rien dans le cœur des citoyens. Cette objection est forte.

Quelle réponse apporter ? On ne peut se contenter de dire que “l’Europe, c’est bien”, la Constitution est une “grande avancée”, etc.... La vérité est que nous vivons aujourd’hui dans l’univers de la mondialisation où un certain nombre de processus échappent de plus en plus aux leaders nationaux, y compris aux chefs d’État ou de gouvernement. La croissance ne dépend pas des Ministres des Finances, quelqu’habiles soient-ils ; face à l’affaire des OGM, celle du clonage, les affaires du développement durable, l’État-Nation n’est plus compétent. C’est la raison de fond pour laquelle il nous faut désormais construire des entités plus vastes que l’État-Nation, celui-ci étant devenu par trop étroit.

La souveraineté n’est plus ce qu’elle était hier, c’est-à-dire quelque chose d’absolu ou d’irréfragable. Il y a désormais des niveaux de souveraineté : à celle régionale, à celle nationale il faut ajouter désormais celle internationale. L’État-Nation ne peut rester que l’étage pertinent quand il s’agit, par exemple, de la Culture prise au sens large : il y a une souveraineté culturelle qui se réfugie, se résume et vit dans la Nation. La Nation, c’est donc sa Culture. Mais c’est encore sa langue.

Notre Culture serait totalement stérile si nous n’avions plus les moyens de son rayonnement international. Pour exemple, regardons où vont les étudiants étrangers qui vont faire leur études hors de leur propre pays : 28% vont aux USA, 15% en Grande-Bretagne, 12% en Allemagne et.... seulement 9% en France. Pour autre exemple, si nous voulons défendre le service public “à l’européenne”, il faut, face à la concurrence US, construire un système européen universitaire dans lequel les diplômes soient équivalents en quelque pays d’Europe qui soit pour que ces diplômes soient concurrentiels par rapport à ceux made in USA. Pour défendre aussi le service public “à la française”, comme notre propre culture y compris en France, il nous faut passer désormais par le détour de l’Europe, ou nous serons “mangés” par les américains qui installent déjà dans toutes les grandes capitales européennes des antennes de leurs propres universités, antennes qui ont d’ailleurs un succès considérable.

C’est de cela dont il faut discuter, non seulement avec Mr FABIUS (qui n’ignore rien de tout cela), mais surtout avec les vrais anti-européens. L’idée enfin d’une souveraineté de l’État-Nation en matière économique, diplomatique ou militaire n’est plus ni pertinente, ni réelle. Notre économie fonctionne de plus en plus de manière transnationale.

Nous avons désormais besoin de l’Europe pour défendre la France et tout ce qui constitue son patrimoine. Il faut faire "droit" de ce qui est déjà devenu "réalité". Même si celle-ci nous rend très modestes face à notre splendeur passée.