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vendredi, 16 avril 2004

À PROPOS DE L'EUROPE DES 25

BILLET du 16/4/2004

Le 1er Mai, l’Europe va passer de 15 à 25 membres. Ensuite, début Juin, nous serons appelés à élire nos nouveaux députés européens. La question peut se poser de savoir si l’Europe sera ou non aussi absente de ce scrutin que l’idée de “région” l’a été de celui des régionales. Un hebdomadaire évoque, à l’occasion de cet événement, le ”sac de nœuds”.

La France, qui a toujours été le pays moteur en matière d’europhilie, laisse aujourd’hui percer une sorte de désenchantement et de scepticisme très profonds. L’Europe est devenue une sorte de bouc émissaire chaque fois que le souverainisme se réveille : en France, désormais, la forme rapprochée de la mondialisation.... c’est l’Europe. Alors l’on se met à déverser une série d’arguments contraires qui servent les démagogues de tous crins.

Mais l’arrivée au 1er Mai de 10 nouveaux pays membres tend, il faut l’admettre, à affaisser un peu plus l’Europe au fur et à mesure qu’elle s’élargit. On le voit d’ailleurs dans la difficulté de rédiger une Constitution commune. Il se passe actuellement quelque chose d’insensible mais d’important : l’hypothèse d’une Europe puissante est peu à peu niée, voire oubliée. Et la France se met à aimer de moins en moins l’Europe - qui n’est plus celle dont elle rêvait - tout comme l’Europe.... aime de moins en moins la France.

Quelle est donc cette Europe que l’on nous construit désormais ? Sans évoquer les hypothèses aventureuses de son élargissement vers la Turquie, Israël, l’Egypte ou encore le Maghreb, l’Europe n’a plus de géographie puisqu’elle n’a plus de cœur et que sa périphérie est partout. L’Europe n’a plus d’Histoire puisqu’on refuse de rappeler que c’est un ensemble de nations où s’est implanté le christianisme qui a eu une influence certaine sur sa vision de la Révolution, celle des Droits de l’Homme, celle de la laïcité. L’Europe a un embryon d’économie, mais il convient de ne pas en parler trop haut. L’Europe n’a toujours pas de diplomatie ni d’armée. Qu’est-ce donc que cette Europe-là ? Si Schumann, Adenauer, Monnet, De Gasperi revenaient parmi nous, que reconnaîtraient-ils de l’idée d’Europe qui était la leur ?

L’Europe ressemble de plus en plus à un club de consommateurs. Ce n’est pas une puissance, même embryonnaire, c’est la victoire à terme de Mme Thatcher avec sa “zone de libre-échange”. C’est l’économisme teintée d’atlantisme avec la puissance US à la rescousse face à notre impuissance chronique tant militaire que diplomatique. On ne reconnaît plus rien de cette Europe qui nous avait fait rêver, celle d’une volonté et d’une culture communes traduites en actes bâtisseurs. Certains humoristes suggèrent même d’étendre l’Europe jusqu’au continent américain, USA compris ! Restons sérieux !

Les dirigeants européens, même en pesant nos mots, sont, quels qu’ils soient, en dessous de leurs responsabilités. Ils n’ont plus dans leurs décisions aucun souffle ni de vision européenne. L’Europe se conduit comme si elle était fatiguée de l’idée même d’Europe. Peut-être est-ce parce que l’Europe des 25 sera davantage minée par l’énorme disparité aggravée des niveaux de vie des pays la constituant désormais, ce qui va accentuer les problèmes d’intégration ? Comment construire une “Europe sociale” si le concept même de “social” ne pouvait être que celui dit “à la française” alors que, déjà, nos actuels partenaires n’en veulent pas ? Alors si nous avions à intégrer la Turquie et d’autres pays de même profil, qu’en serait-il !

Nous allons donc désigner en Juin nos députés européens. C’est un acte essentiel. Ne tombons pas dans le piège d’une consultation teintée des conflits internes franco-français. Les français se sont déjà exprimés les 21 et 28 Mars. Un “bis-repetita” serait parfaitement stérile.

Aujourd’hui il importe de désigner des femmes et des hommes pétris de l’idée européenne et dont l’objectif doit être d’éviter à l’Europe de s’enferrer dans ce piège qui se referme inexorablement sur elle. Nous devons élire des députés ayant une vision, une volonté de construire ensemble un avenir commun. Pas des compétiteurs. Ne nous trompons pas de scrutin.

mardi, 06 avril 2004

À PROPOS DU DÉCLINISME

BILLET du 6/4/2004

“Déclinisme : forme de crispation sur un passé qui ne serait plus qu’une image figée, face à un avenir qui suppose compétition et risque”

La France, ce “cher vieux pays”, a souvent, au cours de sa longue Histoire, été traversée de moments de doute et de crainte face à des réalités nouvelles qu’elle devait conjurer. N’est-ce pas encore un de ces moments qui s’est traduit ces 21 et 28 Mars ? Nul n’est totalement responsable de ces phénomènes nés d’une société en profonde mutation.

La responsabilité repose essentiellement sur ceux qui, atteints soudain de surdité et d’aveuglement, se drapaient dans leurs certitudes et n’ont su ni entendre, ni voir, ni accompagner cette inévitable mutation. Et pourtant les appels n’avaient pas manqué sur les bancs mêmes de la majorité parlementaire. Mais ces appels avaient tous été accueillis de sarcasmes et d’accusations de “lèse-majorité”. Oublions ces égarements.

Il fallait, et il y avait, pourtant chez ceux qui ont charge de nous gouverner, un certain courage pour mener les réformes nécessaires. Il y avait aussi, chez notre Premier Ministre, un style nouveau, une touche provinciale, un peu de cette bonhomie et de langage direct qui auraient du le servir. Mais voici que cela s’est retourné contre lui, même si c’est profondément injuste. Ce n’est pas la première fois que l’on assiste à de tels retournements de faveur : “Plus haute est la faveur, et plus prompte est la chute” (Destouches). Et ailleurs encore : “Dans les républiques, le peuple donne sa faveur, jamais sa confiance” (Rivarol). De quoi méditer un peu.

Les urnes ont donc parlé. On peut ici évoquer cette sorte de fatalité d’un homme (le Président) qui, chaque fois qu’arrivé “aux affaires”, est frappé deux ans après du désaveu du peuple qui l’y avait conduit. Laissons ces gausseries aux détracteurs dont c’est la profession.

Ce qui est cependant sorti des urnes est une sorte de grand vomitoire traduisant un malaise, une dépression nerveuse que l’on sentait venir depuis longtemps. Il y avait, pour les uns, l’expression de leur peur du changement, mais aussi, pour d’autres - ceux plus à droite - le reproche de ne pas conduire les réformes avec assez de fermeté. Apparente contradiction au travers de mêmes bulletins de rejet.

Réforme : le mot a été mal compris, mal expliqué aux français. Réformer, c’est faire en sorte que la France rejoigne non seulement le train général de l’Europe mais aussi celui de tous les pays développés. La France doit suivre aujourd’hui le grand courant réformateur qui traverse tous les pays européens.

Or les français ont cru que l’alternative socialiste leur permettrait d’éviter ce courant. Là est leur erreur. Pour exemple la Suède, tant imprégnée dans sa tradition économique et sociale de la pensée socialiste, comme à des degrés moindres la Norvège et la Finlande, prend aujourd’hui des dispositions touchant le code du travail qu’en France l’on accuserait de “fascistes”. Elle a aussi pris des dispositions drastiques face au poids de sa fonction publique. Comment donc le socialisme “à la française” pourrait-il échapper à son tour à de telles réformes ? Nous sommes ici en pleine confusion.

Ce refus s’est déjà traduit dans un passé récent dans le refuge des français vers des idéologies aventureuses : ce fut un moment celle du Front National, puis dans un autre temps celle de l’extrème-gauche, avec aussi, en point d’orgue, l’abstention. Aujourd’hui, ce refus s’est exprimé en faveur de partis démocratiques respectueux des institutions avec, en contre-point, un léger repli de l’abstention. C’est le constat qu’il ne sortirait plus grand chose de l’extrème-droite mais aussi le refus de la lutte des classes type 1928. Nous en sommes revenus à une alternance beaucoup plus “classique”, plus "respectueuse" de la démocratie. Ce n’est pas le “déclinisme” annoncé.

Le vote de Mars 2004 est davantage un vote contre la droite, qui n’a pas su expliquer aux français la nécessité des réformes, (on l’a dit un peu partout), plus qu’un vote en faveur des socialistes qui n’ont pas de vrai programme alternatif. Et pour cause.

Les français se sont davantage prononcés contre la manière de conduire les réformes que contre les réformes elles-mêmes. C’est la méthode qui a été désavouée. Pas son objet.