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vendredi, 12 décembre 2003

À PROPOS DE L'EUROPE ÉVANOUÏE

BILLET du 12/12/2003

L’Europe vient de recevoir le coup de grâce. Et ce coup vient de lui être administré par ses deux plus mauvais élèves : la France et l’Allemagne qui ont décidé de se libérer de leurs engagements internationaux et de reprendre chacune leur liberté économique. Le pacte de stabilité est moribond, la Commission de Bruxelles, comme la Banque Centrale Européenne, sont en plein désarroi, la stabilité de l’Euro est menacée, la Constitution Européenne est morte avant même d’être née. Nous sommes rentrés dans le mur. Les USA et la Grande-Bretagne peuvent jubiler (et ils ne s’en privent pas) : l’Europe ne fera pas avant longtemps contrepoids face à l’hégémonie américaine.

Revenons sur les deux aspects de ce qu’on ne peut plus appeler une simple crise.

Premier aspect : le pacte de stabilité. Il a été mis en pièces par les Ministres des Finances qui ont toléré que la France et l’Allemagne ne respectent plus les règles qu’elles avaient cependant tout fait pour qu’elles soient instaurées. Et elles s’étaient engagées ensuite par leur signature internationale à les respecter. La France fait montre d’une incapacité inouïe d’entreprendre les réformes structurelles d’urgence qui lui sont indispensables alors que, parallèlement, elles commencent à se mettre en place, non sans fortes réticences, en Allemagne. Par son incapacité, la France a engendré une maladie de fond et a entraîné avec elle l’Allemagne. Elles ont désormais ensemble perdu toute crédibilité et toute autorité pour se permettre d’imposer quelque règle que ce soit à qui que ce soit. Contradiction aussi pour la Commission de Bruxelles dont le Président, il y a moins d’un an, disait que ce pacte de stabilité était une “stupidité”. Aujourd’hui, il pousse des cris d’orfraie à le voir ainsi annihilé. Il est vrai que les initiateurs de ce pacte - signé par la France sous le gouvernement JUPPÉ, inventeur du butoir-sanction des 3% du PIB - avaient peut-être été imprudents d’ôter toute possibilité de se payer un peu d’inflation lorsqu’une dépression économique appelait un “coup de fouet”. Les USA en connaissent la méthode de longue date même si c’est au détriment de la planète entière dont ils se moquent éperdument.

Second aspect : la Constitution Européenne si laborieusement rédigée par Mr Valéry GISCARD D’ESTAING. À côté d’une Europe des monnaies, il est évident qu’il fallait créer une Europe économique, politique et de puissance. Comment aujourd’hui l’imposer à des pays qui, au prix de sacrifices ruineux, en ont déjà scrupuleusement précédé ses règles quand France et Allemagne les bafouent avec une désinvolture hautaine ? Nous avons aujourd’hui une monnaie commune avec une Banque Centrale Européenne, mais nous sommes incapables de mettre en place un gouvernement économique de l’Europe. Or une monnaie qui n’est pas articulée sur une économie, c’est un bateau ivre. Mr TRICHET - imposé à la tête de la Banque Européenne par Mr CHIRAC - n’a pas de mots assez durs pour stigmatiser l’attitude de la France et les errements économiques imposés par celui-ci au nom de promesses électorales aventureuses. On guette, tels des mendiants, par dessus l’Atlantique une hypothétique reprise “made in USA”. Mais cette reprise, sans réforme en profondeur de nos structures, ne suffira pas à elle seule à résoudre nos problèmes. Pour exemple : les pays “vertueux” ont tous un taux de croissance très supérieur à ceux qui ne le sont pas. Et ça, la France continue de ne pas vouloir le comprendre. Nous ne cessons de marcher sur la tête.

Nous touchons là le cœur du problème. De GAULLE avait de l’Europe une vision planétaire. Ses successeurs, de POMPIDOU à MITTERRAND en passant par GISCARD, en avaient une vision à la fois idéaliste et pragmatique. Aujourd’hui, nul ne peut soupçonner Jacques CHIRAC de ne pas être européen. Mais, de tout temps, il n’a jamais eu de l’Europe qu’une vision baroque (*). Et nos partenaires qui veulent bâtir l’Europe ne veulent pas de ce type de construction aussi fragile que ne la conçoit Mr CHIRAC pour des raisons égoïstes de seule politique intérieure.

On connaît ce mot de George ORWELL : “Tous les animaux sont égaux, mais il y a des animaux plus égaux que d'autres”.

C’est à ce curieux concept d’égalité entre nations que se livrent la France et l’Allemagne. C’est irresponsable, inacceptable et honteux.

Ce que des générations avaient construit si patiemment, et au prix de quels efforts, est aujourd’hui anéanti. On ne peut pas dire merci à ces gens qui ont détruit ce si long travail.

(*) : le style baroque se distingue par l’irrégularité de ses formes : colonnes torses, volutes renversées, saillies imprévues, etc.... Par sa fragilité conceptuelle, il ne peut convenir qu’aux architectures à la légèreté de laquelle il contribue.