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jeudi, 27 novembre 2003

À PROPOS DE L'ANTI-SÉMITISME

BILLET du 27/11/2003

Après l'incendie qui a détruit une école juive à GAGNY, après d'autres incidents aussi graves qui se multiplient ici et là, l'on peut se demander s'il existe ou non un regain de l'antisémitisme en France. L'on doit, hélas, répondre "oui" à cette interrogation.

Depuis toujours, héritage de la culture chrétienne qui inculquait que les Juifs son ceux qui "ont tué le Christ", on a observé des actes d'antisémitisme. Mais nous n'avons jamais eu en France des actes allant jusqu'à l'incendie des synagogues ou d'écoles, actes qui rappellent le régime hitlérien. Nos compatriotes juifs se sentent désormais en insécurité.

Cet antisémitisme, quel est-il ? Au moment de CARPENTRAS où des tombes juives avaient été profanées, tout le monde a désigné LE PEN et son "Front National". Pierre JOXE, Ministre de l'Intérieur de l'époque, l'a même affirmé théâtralement. Manque de chance, on s'est aperçu ensuite que le FN n'y était pour rien et que les auteurs de cette infamie n'étaient que de pauvres bougres égarés. Aujourd'hui, plus personne ne désigne le FN. Tout le monde, plus ou moins discrètement, pense que ce sont les islamistes qui sont les auteurs de ces actes odieux. Mais nous devons, là encore, être prudents : ce n'est peut-être pas davantage eux aujourd'hui qu'hier LE PEN.

Au-delà de cela, nous devons constater le développement des confrontations inter-religieuses en France. L'antisémitisme a d'abord été religieux, chrétien, mais aussi anti-chrétien (Voltaire et les socialistes du 19° siècle n'était pas des chrétiens). On ne dira jamais assez combien le Pape Jean-Paul II a été un immense serviteur de la Paix en éradiquant l'antisémitisme du monde chrétien. Aujourd'hui, les milieux chrétiens sont ceux, de toutes les communautés en France, qui sont lers plus favorables aux juifs. Il existe cependant toujours un antisémitisme d'extrême-droite qui, lui, n'a pas totalement disparu. Mais il n'est pas dominant et n'est vraisemblablement pas l'auteur des actuels attentats.

Après l'antisémitisme religieux ou d'origine culturelle est né aujourd'hui l'antisémitisme issu du conflit israëlo-palestinien. On traite dans la rue ou les cours de récréation les enfants juifs de "sales juifs", etc.... Mais cela prend une forme de jeux pratiqués par des jeunes issus de l'immigration maghrébine. Et il faut observer que la grande masse musulmane, elle, ne bouge pas et ne participe pas à ces jeux ni ne se livre à de l'antisémitisme actif. Et pourtant il y a un ferment de prêcheurs, d'ayatollahs islamistes extrémistes qui viennent exciter les uns et les autres. Et pour nombre de gamins très jeunes, il se développe une culture où l'on enseigne que le "juif" c'est quelque chose d'épouvantable. Et ces jeunes reproduisent, la télévision aidant, les images d'intifada. Ils font corps avec la passion palestinienne contre les "affreux juifs" de l'État d'Israël. Il se crée des amalgames qui échappent à des lignes claires, à toute raison et qui entraînent des dérives identitaires. Attention : danger !

Nous devons reconnaître que, dans cette affaire, Mr CHIRAC a eu les mots et les gestes qu'il fallait. On ne peut en dire autant de la gauche. Après CARPENTRAS, il y a eu des centaines de milliers de personnes qui sont descendues dans la rue. Même MITTERRAND y est allé. Aujourd'hui, ce qui se passe est beaucoup plus grave que CARPENTRAS. Or, le PS, aujourd'hui, n'a pas bougé. L'extrême gauche pas davantage mais va même offrir des tribunes à un homme aussi équivoque que Taraq RAMADAN. Même notre Ministre de l'Intérieur fait de ce dernier son interlocuteur à la télé ! C'est tout-à-fait irresponsable.

Si nous commençons à admettre que ces faits sont inévitables, nous nous installons dans un début de guerre civile en France. Si nous ne réagissons pas avec une extrême fermeté à toute espèce de racisme - qu'il porte sur les musulmans ou sur les juifs - la France va à la catastrophe. Et l'affaire du voile islamique paraîtra alors tout-à-fait anecdotique et dérisoire.

Nous ne pouvons plus rester indifférents à ces ferments qui ont porteurs de la destruction de notre société.

jeudi, 13 novembre 2003

À PROPOS DES 35 HEURES

Nous ne cessons d’être interpellés sur les 35 heures. C’est devenu le dernier sujet à la mode. Et, pourtant, la diminution du temps de vie consacré au travail - jadis 40%, aujourd’hui 15 à 20% de notre existence - est indéniablement un progrès de l’humanité.

Mais, quand on diminue autoritairement la masse du travail produit dans un pays développé, comme l’a fait aussi rudement Mme AUBRY (désormais 1.460 heures moyennes annuelles seulement en France contre 1.930 aux USA, 1.600 environ en Allemagne ou en Italie), on plombe nécessairement ce pays.

Nous en payons, en France, lourdement les conséquences.

La vraie folie de Mme AUBRY - car c’en est une ! - a été la réduction obligatoire du temps de travail de façon légale et uniforme pour tous les corps de métiers, sans aucune négociation préalable, sans connaître les exigences de notre société et sans évaluer avec rigueur le coût (exorbitant) des compensations à verser chaque année à nos entreprises pour qu’elles survivent face à un tel choc.

La question qui se pose aujourd’hui est de savoir si Mr RAFFARIN a raison ou non de ne pas toucher à la délirante loi AUBRY. Malgré les griefs que l’on peut faire parfois à Mr RAFFARIN, j’ai tendance à dire que, sur ce sujet précis, la méthode de Mr RAFFARIN est sagement prudente. Je l’approuve sur le fond.

J’observe que Mr FILLON a déjà pris une première mesure permettant la modulation de la loi AUBRY, notamment quant à son application dans les PME. Mais j’observe aussi l’écho très limité qu’a reçu cette mesure. On aurait imaginé un vrai raz-de-marée : il n’en a rien été. Ce qui laisse penser que les 35 heures n’ont pas été partout perçues comme totalement négatives par tous les acteurs sociaux. Cependant, dans certains domaines - notamment dans le secteur tertiaire ou celui de la santé - les 35 heures ont été une véritable catastrophe, y compris une catastrophe humanitaire. Nous l’avons vu cet été.

De plus, dans la mesure où la réduction du temps de travail (RTT) est plus facilement applicable (par exemple) dans la fonction publique, l’on crée une césure de plus entre le secteur public (dont chacun convient qu’il faut en diminuer le poids) et le secteur privé (dont chacun s’accorde par contre pour en saluer les performances quand on pense aux atouts de la France). Ce qui aggrave le sentiment d’inégalité entre ces catégories de salariés. C’est un sentiment détestable et dangereux à terme.

Certains suggèrent donc d’abroger purement et simplement la loi AUBRY. Je pense pourtant que cela ferait surgir un tintamarre social qui serait infiniment plus dommageable que le bénéfice que l’on pourrait éventuellement en retirer. Nous ne devons pas sombrer dans la même erreur que Mme AUBRY en légiférant autoritairement, que ce soit dans un sens ou dans son contraire, et ce de façon uniforme. La seule méthode, celle que précisément Mme AUBRY n’a pas employée, est la négociation faite branche par branche sur les possibilités d’y appliquer ou non cette réduction, ou d’en évaluer l’amplitude possible.

Il y aurait, par contre, grand danger de faire des 35 heures le bouc émissaire de tous nos malheurs, y compris de la récession-stagnation que connaît la France aujourd’hui : la meilleure preuve est que le reste de l’Europe, qui n’a pas eu à supporter le fléau AUBRY, est dans une situation à peine meilleure.

On ne peut, pour autant, laisser les choses en l’état. Aucun pays européen n’a voulu adopter notre RTT : tout au contraire, la tendance générale est à l’allongement de la durée du travail (nous sommes en plein contresens !) tout comme sur l’âge de la retraite. Et là où ces mesures ont été prises, l’on observe une réduction du chômage (100.000 emplois créés en Allemagne en Septembre !) alors qu’en France nous grimpons inexorablement vers les 10% de chômeurs pour la fin de cette année.

Il nous faut donc prendre des mesures qui nécessiteront grand courage et forte volonté.

Il faut cesser d’endormir le pays et lui tenir désormais le discours de la rigueur, un discours plus “churchillien”. Si la France veut tenir sa politique sociale - et qui est l’une des plus généreuses du monde - elle ne peut avoir l’économie la plus fragile du monde. Le maintien de nos protections sociales passe par des efforts de production, de réindustrialisation, ou encore de productivité. Pas par la passivité d’une hypothétique croissance miracle. Encore moins par la religion “ayatollahesque” des droits acquis.

On peut, par ailleurs, s’interroger sur la nécessité d’attendre encore un an pour aborder la réforme de l’assurance maladie. J’en doute fort, alors que l’on sait que, outre les milliards d’euros dépensés en sus, le gouvernement risque fort de sortir dans un an quelque peu éprouvé des scrutins du printemps prochain.

Pourquoi donc pas aujourd’hui ? Pourquoi encore attendre ?

lundi, 03 novembre 2003

À PROPOS DE VOILE & LAÏCITÉ

BILLET du 3/11/2003

“La laïcité n’est pas négociable”. C’est la phrase essentielle que vous retiendrons du discours de Jacques CHIRAC à VALENCIENNES. Ce qui laisse entendre que celui-ci ne serait plus hostile à une loi qui réglementerait le port de signes religieux ostentatoires au sein de nos établissements d’enseignement publics.

Y a-t-il une laïcité “à la française” ? Force est de reconnaître que ce concept est essentiellement franco-français et totalement ignoré chez la plupart de nos partenaires occidentaux ? On voit bien que la position des laïcs n’est pas toujours comprise, non seulement à l’étranger, mais aussi dans une partie de l’opinion française qui glisse insensiblement vers une façon d’être ou de réagir propre aux pays anglo-saxons. Cette opinion glisse vers le communautarisme, ce qui n’est pas forcement répréhensible en soi sauf dans l’idée que l’on peut se faire, comme français, de la capacité française de le supporter.

Le communautarisme est, par exemple, fort bien supporté aux USA. Mais il est surmonté par le ciment patriotique (le salut au drapeau dans les écoles). Les jeunes filles musulmanes (c’est également vrai en Grande-Bretagne comme dans quelques établissements en France) peuvent y garder leur voile. Mais ici, en France, on les exclut partout ailleurs de façon ou passive ou active. On les marginalise de toute façon.

Il semble que nous voudrions rappeler avec plus de fermeté l’idée que la loi civile doit l’emporter sur la loi religieuse. Or les fondamentalistes musulmans pensent exactement l’inverse : “La loi de Dieu doit l’emporter sur loi des hommes”. Et pour eux, la loi de Dieu, c’est le Coran qu’ils veulent appliquer de façon littérale. Si les chrétiens se mettaient, de leur côté, à faire la même chose, les juifs aussi du leur, il y aurait non seulement communautarisme mais, à terme, libanisation de la société française.

La France serait beaucoup plus éprouvée que n’importe quel autre pays par ce communautarisme. Pourquoi ? Tout pays a une sorte de lien national et social qui n’est pas le même partout. En Grande-Bretagne, c’est le rassemblement autour de l’Union Jack et de la couronne. En Allemagne, c’est la langue. Aux USA, la constitution. Et en France, c’est l’État. Et si l’on remet en cause l’État républicain, c’est le ciment national qui va s’effondrer. Ne serait-ce que pour cette raison, Jacques CHIRAC a raison d’affirmer que la “laïcité n’est pas négociable”.

S’il ne s’agissait que de ce foulard tant décrié, ce serait dérisoire. Mais l’on voit bien que derrière le voile islamique se cachent beaucoup d’autres choses. Lorsque l’on apprend que dans des hôpitaux, ou des maternités, un certain nombre de femmes musulmanes - ou plutôt leurs maris ou autres parents mâles - refusent que ce soit un homme qui intervienne dans les soins à donner..., lorsque Mr DELANOÊ est obligé de demander l’exclusion d’une assistante sociale voilée qui refuse de toucher la main des administrés masculins..., lorsque l’on voit des étudiantes musulmanes refuser d’être interrogées par un professeur du sexe mâle, force est de constater qu’il y a une sorte d’offensive généralisée, une épreuve de force orchestrée par les fondamentalistes contre la conception française de la laïcité et la vision de notre société.

Ce n’est pas être islamophobe que de combattre le racisme et de ne vouloir accepter qu’une pratique paisible de l’islam. Ce n’est pas l’être davantage que de combattre les archaïsmes débiles et de refuser que la femme soit déclassée comme un être inférieur. Ce l’est encore moins que de refuser que la loi des états soit supplantée par celle du Coran ou de tout autre livre religieux. Il est intolérable d’admettre que ce soit une loi musulmane qui prétende s’imposer, ne serait-ce qu’à une partie de notre population. La tolérance ne peut aller jusqu’à s’abaisser à renier nos convictions profondes. Il faut reconnaître que, par rapport à l’islam, la religion chrétienne n’a plus aujourd’hui cette outrageuse prétention et, précisément, parce qu’il y a un siècle il a été mis fin à son hégémonie impérieuse et parfois de façon tragiquement violente. Pourquoi donc devrait-on accepter aujourd’hui de l’islam son caractère impérieux, encore beaucoup plus intransigeant que celui de la religion chrétienne en sa période la plus excessive ? Pourquoi devrait-on aujourd’hui accepter le dessein de l’islam de marquer de son sceau toute la structure sociale ou politico-sociale de notre pays ?

Le lieu n’est pas ici d’épiloguer pour savoir si le port du voile est oui ou non un précepte religieux intangible. Le Coran ne fait-il pas aussi obligation aux hommes de porter barbe et calotte ? Combien de jeunes beurs respectent-ils ce précepte ? La lecture du Coran est sujette à toutes les interprétations : preuve en est que nombre de pays musulmans n’en tirent pas la même application. Mais derrière le port du voile, c’est surtout le statut de la femme en France qui est en jeu. Pourquoi certains veulent-ils imposer aux femmes des préceptes religieux ou vestimentaires qu’ils ne s’appliquent pas à eux-mêmes ?

Le port du voile est devenu aujourd'hui le symbole des rapports entre l’islam et la laïcité. Si l’islam veut continuer d’être reconnu et respecté par les sociétés modernes et laïques, il va lui falloir évoluer, notamment sur l’interprétation du Coran qui s’est “calcifiée” (Claude IMBERT) depuis le 13° siècle et qui a contribué à jeter sur des peuples entiers une sorte de camisole qui a contribué à prolonger leur misère par le refus de la science et du savoir.

Avant de conclure, je citerai Victor HUGO dans “La fin de Satan”. Il y fait défiler les religions dans leur ordre d’évolution logique. Après avoir successivement cité l’athéisme, l’animisme, etc...., l’avant dernier stade de cette évolution des religions serait, selon lui, le christianisme. Puis suivrait enfin.... le rationalisme ! Et il conclut : “Et le plus blême éclair du gouffre est sur ce lieu où la religion sinistre tua Dieu”. La religion tua Dieu....

Si aujourd’hui l’on veut nous faire prendre les religions pour le contenu même de nos programmes politiques, nous avons toutes raisons de nous insurger.

Réveillons vite la vigueur de nos convictions et restons fermement ancrés en elles.