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jeudi, 25 septembre 2003

À PROPOS D'UN ESSAI

BILLET du 25/9/2003

Alors que mon dernier billet (n° 17 “La Grande Faillite”) venait juste de sortir, des amis me faisaient découvrir un essai qui vient d’être publié en librairie : “La France qui tombe “ (Perrin) de Nicolas BAVEREZ. (ex-proche collaborateur de Philippe SEGUIN et actuellement éditorialiste au “Point”)

Évidemment, comme toujours quand on lit un essai de ce genre - et notamment sur les techniques politiques : que faut-il faire dans la situation où nous sommes aujourd’hui ? - on peut ne pas être toujours en accord avec l’auteur. La France tombe-t-elle à ce point, est-t’on tenté de s’interroger ? On ne trouve cependant pas chez BAVEREZ cette auto-dépréciation, vieille maladie française qui aime se critiquer elle-même à l’excès.

Par contre, pour ce qui est de son analyse, celle-ci est extrêmement juste. On a beau jeu de répliquer : comment la France tombe-t-elle quand elle est le 4ème exportateur mondial ? L’inventivité qui demeure, la réussite des “30 glorieuses” dans la reconversion industrielle d’après la guerre, etc..., tout cela n’est pas niable.

Mais seulement, quand on tombe, il ne faut pas seulement regarder le 1er étage, ni le 5ème en partant du haut, mais la suite : nous déclinons lentement, avec certitude, par un certain nombre de comportements, un excès du poids de l’État et parce qu’au fond nous sommes à contre-courant du monde d’aujourd’hui. Nous continuons de vivre au 21° siècle avec des airs à la Louis XIV.

Si Mr BAVEREZ, pour expliquer le déclin actuel de la France, use des mêmes arguments que ceux que j’avais évoqués dans mon précédent billet, il souligne en plus une série de domaines où la France prend aussi du retard, moins d’ailleurs dans les secteurs les plus lourds que dans les secteurs de pointe. En particulier, celui de la recherche scientifique qui est dramatique, aussi bien du point de vue industriel, économique qu’intellectuel. Un pays qui consacre aussi peu d’argent à la recherche, si l’on se compare aux américains, aux anglais, allemands ou hollandais, est très préoccupant. La France a trop tendance à vivre sur son capital, sur ses acquits, et non en regardant l’avenir.

(Je ne partage pas, pour autant, le point de vue de Mr BAVEREZ, même si cet avis est celui de beaucoup, quand il dit que “la politique étrangère française n’a plus aucune influence, qu’elle est coupée de ses alliés, aussi bien européens qu’américains”. S’il est aujourd’hui, à mon avis, en matière de politique étrangère, un pays qui tombe parce qu’il s’est mis dans une situation impossible, ce sont bien les États-Unis. Et s’il est un pays qui a des positions qui s’avéreront fécondes, c’est bien la France. Il faut le dire)

La situation économique française est-elle pour autant désespérée ? Non : “il n’est de désespoir que dans la résignation”. Parce que la France a un capital du point de vue technique, comme aussi un savoir-faire certain, la situation n’est pas tant désespérée.

Mais qu’ont fait de plus les autres grandes nations pour en sortir ?

Elles ont tout repensé pour s’adapter.Et la France, elle ? L’inverse exactement (!) “partant non pas de l’idée qu’il faut que tout change pour que rien ne change, mais que plus ça change et plus il ne faut rien changer”. La France s’en remet à quelques mots d’ordre, à de dérisoires “lignes Maginot” d’un passé révolu face aux bouleversements du monde : service public à la française, exception française, etc....

La France manque de souffle politique. Je le disais récemment à un ami de sensibilité gaulliste à propos de mon précédent billet dont nous discutions : nous sommes loins des impulsions qu’ont su donner en leur temps et dans des circonstances comparables, des Churchill, des De Gaulle et autres hommes d’État qui refusaient, eux, de laisser leur pays se bercer dans les douces illusions des “lendemains qui chantent”, des croissances miraculeuses, etc..... Ils annonçaient, eux, “du sang et des larmes”.

Les français auraient tort de ne pas croire en eux-mêmes. Mais seul “le travail opiniâtre vient à bout de tout” (Virgile).

Il faut du courage pour le faire. Mais tout autant à nos politiques pour le dire. Pour dire vrai.

mercredi, 10 septembre 2003

À PROPOS DE LA GRANDE FAILLITE

BILLET du 10/9/2003

La France ne va pas bien. Les chiffres sont implacables : notre dette atteint désormais la somme extravagante de 1.000 milliards d’euros. Les seuls intérêts que nous devons payer chaque année sont équivalents au budget de notre défense nationale.

C’est la première fois, depuis un demi-siècle, que la situation de la France est aussi grave. Mais ce qui est le plus préoccupant est cette difficulté d’obtenir des français une large adhésion pour entreprendre la réforme en profondeur d’un système qui nous a amenés dans ce gouffre abyssal qui ne cesse de se creuser. Les français ne semblent pas réaliser qu’à force de dépenser 20% de plus que ce que l’État n’a de recettes, c’est l’indépendance même de la France qui est en danger. C’est aussi toute l’Europe qui est menacée. C’est l’avenir des générations à suivre qui est en péril, celles-là qui devront payer cette dette pendant des décennies d’efforts inouïs avec le risque d’éclatement social de toute notre société.

Le gouvernement de Mr RAFFARIN porte une responsabilité certaine dans cet état d’inconscience où nous baignons. Il y a un an déjà, il nous annonçait une croissance de 2,7% pour justifier un budget risqué : on estime qu’elle n’en est plus qu’à 0,5%, et encore en espérant que ce ne sera pas en dessous de 0%. Aujourd’hui, le budget 2004 ne serait en déficit “que de” 4%, en tenant compte d’un taux de croissance prévu de 1,7%. Or rien n’est moins certain que ce taux. On joue au poker avec l’avenir des français.

Oui, bien sur, Mr RAFFARIN a commencé une réforme des retraites : mais il s’est bien gardé de toucher aux injustices criantes des régimes spéciaux. La réforme entreprise est importante ; mais elle reste inachevée. Et le malaise demeure. Il y a aussi le déficit de la Sécurité Sociale qui devient vertigineux : 10 milliards € en 2003, 15 milliards annoncés pour 2004. Etc....

La France, encore, compte 30% d’emplois non productifs de plus que la moyenne de ses voisins et compétiteurs. Et elle a, par contre, 30% d’emplois productifs (“marchands”) en moins qu’eux. On se souvient qu’il y a un an on projetait alors de diminuer le nombre de fonctionnaires d’un peu plus de 900.000 agents pour rapprocher le nombre de ceux-ci de la moyenne européenne. Et on prévoyait un plan de réduction de l’ordre de 30.000 agents par an, soit un délai prudent de 30 ans pour nous mettre aux normes. Or, en 2004, l’on prévoit une diminution de moins de 5.000 agents au lieu des 30.000 envisagés. À ce train, il nous faudra attendre plus de 190 ans pour atteindre l’indispensable objectif. Oui, c’est mieux qu’augmenter les effectifs comme le faisaient les socialo-communistes. Mais c’est très insuffisant.

Enfin, le français travaille environ 25% de moins que les travailleurs des autres pays industrialisés (merci, Mme AUBRY, pour votre loi délirante des 35 heures !). Nous allons ainsi gaiement vers la faillite de l’État, c’est-à-dire la faillite de chacun d’entre nous sans aucune exception de catégories sociales.

Vient alors la question de la baisse des impôts. Les socialo-communistes - et d’autres - nous ont entraînés dans une spirale qui fait de la France la championne mondiale des prélèvements obligatoires. Ils sont devenus insupportables et tuent emplois et croissance. Il était urgent de réagir. Mais le choix de réduire le seul impôt sur le revenu - qui touche moins d’un français sur deux - n’est pas de ceux qui peuvent stimuler cette croissance dont nous avons tant besoin. Mais le plus grave : réduire les impôts sans réduire la dépense et sans remettre les français au travail pour augmenter notre productivité est une attitude irresponsable. La question du jour férié qui deviendrait travaillé est anecdotique : c’est une excellente initiative s’il s’agit de booster un peu plus notre productivité. Mais de là à financer par cette mesure l’immense besoin de nos maisons de retraite ou de santé, il y a parfaite inadéquation. C’est un gadget.

La France est un pays qui aime peu qu’on lui dise la vérité. Et la dire est trop souvent une sorte de suicide politique. De Gaulle, à droite, Mendès-France, à gauche, Raymond Barre, au centre, ont ce point en commun qu’ils ont eu des carrières chaotiques parce qu’ils avaient le tort de dire souvent la vérité. Nos gouvernants d’aujourd’hui ont retenu la leçon. Lucides, ils doivent l’être certainement. Même à gauche il doit s’en trouver aussi quelques-uns. Mais de là à avoir le courage de dire la vérité aux français, il y a un pas que nul n’ose franchir.

Silence : la France se meurt. Mais c’est dans une douce inconscience où on la berce. Chut !