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jeudi, 09 janvier 2003

À PROPOS DE LA MARÉE NOIRE

BILLET du 9/1/2003

Qu’il était loin ce pétrolier-poubelle. Il avait dépassé les côtes françaises et était parti sombrer par 3.500 mètres de fond à plus de 300 kms des côtes portugaises. Même si personne n’avait osé prononcer un “ouf” de soulagement, la pollution c’était.... pour les portugais et les espagnols.

Peu de jours après, la presse télévisée commençait à nous projeter les premières images de cette glu épaisse et visqueuse couvrant plages et rochers de nos voisins. Un travail de titan, pour des milliers de personnes, travail qui durera des mois, voire des années. En plus, tout un écosystème bouleversé aux conséquences démesurées.

Mais voici que la menace s’est rapprochée de nos côtes. Voici toute notre façade atlantique menacée à son tour. Et finalement atteinte.

Il y a une sorte de tragique leçon à retirer de cet événement : il n’y a pas de sanctuaire réservé pour la pollution. Une autre leçon est celle de la solidarité naturelle de l’Europe qui nous est imposée face à de telles catastrophes.

Qui sont les vrais responsables de tels drames qui touchent un presque continent entier ?

Bien sur, il y a d’abord les propriétaires de ces bateaux mal - ou pas - entretenus et où les règles de sécurité les plus élémentaires sont ignorées. Il y a aussi ce souci de rentabilité qui inspire la construction de tankers super-géants dont on sait qu’ils sont plus fragiles que d’autres de par leurs dimensions, plus difficiles à manœuvrer face à un obstacle imprévu, et sont plus exposés que d’autres à se briser en deux.

Mais il y a aussi à constater que les moyens et effectifs dont dispose la France pour surveiller et éloigner ces bateaux de nos côtes, voire de nos ports, sont notoirement insuffisants. Et nombre de ces bateaux échappent à notre surveillance et passent impunément à travers le filet sécuritaire dont nous devrions être entourés.

Alors nous voici ramenés au choix entre l’indignation (qui ne coûte rien à personne), et l’action qui, elle, exige efforts et engagements.

On peut à ce propos se rapprocher de l’exemple des USA qui, après la catastrophe de l’”Exxon Waldes”, ont décidé d’interdire avec une extrême vigueur l’approche de toutes leurs côtes et l’accès de tous leurs ports aux navires non équipés d’une double coque. Le résultat obtenu est probant.

La conséquence de ces mesures US a d’ailleurs rejailli sur les trafics européens : les bateaux à risques, interdits aux USA, ont aussitôt entrepris prioritairement leur commerce dans les ports européens qui, eux, continuaient de les accueillir. Nos côtes sont devenues l’une des plus belles concentrations de bateaux à risques.

Et, puisque risque il y a, ces bateaux-poubelles se sont entourés d’une sorte d’intouchabilité juridique et financière par l’utilisation de pavillons de complaisance, de société-écrans qui s’apparentent quelque peu à la mafia. Ils utilisent en plus du “matériel humain” aux nationalités floues et aux compétences professionnelles quasi nulles, mal payé, quand d‘ailleurs l’équipage comprend la langue du capitaine de ces navires, donc ses ordres. Bateaux poubelles, mais aussi bateaux livrés à des incompétents ou des irresponsables.

On peut être en droit d’attendre de Mr RAFFARIN qu’il prenne d’urgence des mesures extrêmement sévères, en accord avec nos partenaires européens, pour mettre fin à ce genre de situations.

L’Europe a en effet un rôle majeur à jouer. Car que vaudraient des mesures limitées à la seule France, avec quelques rares pays voisins, si d’autres continuaient de faire preuve du laxisme actuel.

L’Europe, c’est d’abord une solidarité entre les nations. La sécurité doit passer par dessus les étroites susceptibilités locales.

mardi, 07 janvier 2003

À PROPOS DE SONDAGES & RÉALITÉS

BILLET du 7/1/2003

Il y a peu de mois, n’étaient ni tendres ni très nombreux les spécialistes de la presse politique - et les “politiques” eux-mêmes - à prêter quelqu’avenir que ce soit à l’UDF de François BAYROU, malgré des sondages en contradiction qui plaçaient ce dernier sur les sommets. Et chacun d’attendre l’effondrement final pour sonner l’hallali.

Chacun a pu l’observer : tous se sont tus depuis. Le ton a changé. Les regards aussi.

Que s’est-il passé ?

Il y a d’abord la réalité des faits. D’aucuns annonçaient le ralliement massif des adhérents de l’UDF au nouveau mouvement de substitution créé par le RPR et DL, la toute nouvelle UMP. Ils annonçaient de même le ralliement des adhérents de DL, du Parti Radical et de divers autres groupuscules. Et déjà d’annoncer que l’UMP comptabilisait 164.500 adhérents.

Est venue la grande désillusion des élections internes à l’UMP du 17 Novembre : sur les 164.500 adhérents revendiqués, malgré des moyens d’expression exemplaires et très en pointe - vote par Internet notamment - moins de 30% des électeurs inscrits se sont prononcés. Grosse surprise. Et alors que Mme ALLIOT-MARIE avait été élue Présidente du (seul) RPR avec plus de 57.000 suffrages, Mr JUPPÉ, candidat à la présidence de l’UMP, n’a recueilli au sein de la nouvelle coalition que 37.000 voix. Où donc sont passés les autres ? Et chacun de revoir sa copie.

Et de constater que ce grand rassemblement - dont on ne sait s’il relevait du rêve ou de l’utopie - est beaucoup moins rassembleur qu’on l’estimait. Les français - et ce n’est pas la moindre de leurs qualités - ont gardé un solide bon sens. Le “parti unique”, c’est pas pour eux. Le choix de l’alternance limitée entre seulement l’UMP et le Parti Socialiste, ils n’en veulent pas. Il n’y avait guère que Mr LE PEN pour s’en réjouir secrètement.

Et de constater par ailleurs que l’UDF, qui dénombre environ 58.000 adhérents, n’a perdu au profit de l’UMP que 2 à 3.000 adhérents (Le Monde du 19/11). Que le Parti Radical, dont 3 de ses derniers Présidents nationaux ont refusé de se dissoudre dans l’UMP, s’est considérablement morcelé et que grand nombre de ses adhérents ont choisi de rester dehors. À tel point que l’actuel Président du Parti Radical - François LOOS - Ministre du gouvernement de Mr RAFFARIN, s’est prudemment rangé sur une solution tout-à-fait iconoclaste qui consiste à ne plus se dissoudre dans l’UMP mais seulement y être “associé” tout en restant “indépendant”. Que DL aussi a vu grand nombre de ses adhérents rejoindre un courant libéral issu de l’ex-Parti Républicain qui a refusé aussi de se dissoudre dans l’UMP. (Il est vrai que certaines déclarations désobligeantes de Mr JUPPÉ à l’égard de Mr MADELIN n’ont pas arrangé les relations entre ces deux sensibilités).

Quant à l’UDF, sa position relève presque de l’insolence. Non seulement François BAYROU, de sondages en sondages et de mois en mois, se situe toujours sur les sommets et bien avant les leaders de l’UMP, voici maintenant que l’UDF compte 6 points de mieux que l’UMP, 10 de mieux que le PS et se situe désormais comme le mouvement politique en tête de tous en matière de popularité aux yeux des français.

Évidemment, des sondages ne sont que des sondages. Leur volatilité est bien connue et il faut toujours relativiser ce qu’ils expriment. Et surtout inciter à beaucoup de modestie. Évidemment aussi, les bourdes successives de Mr JUPPÉ n’ont pas favorisé l’image de l’UMP. Et cette dernière en pâtît. (La presse de ce jour annonce même que l’UMP est obligée de se séparer d’une partie du personnel de son siège, ce qui n’est jamais un signe de très bonne santé)

Le (très modeste) secrétaire départemental de l’UDF du GARD (que je suis) vient d’établir un autre constat. Chargé de gérer et comptabiliser les adhésions de la Fédération, il a été surpris de constater que pour toute l’année 2002, les nouveaux adhérents à l’UDF du GARD représentent 31,32% de la totalité de ses membres. Et sur le seul dernier trimestre 2002, les nouveaux entrés représentent même 59,65% des adhésions enregistrées. Un record absolu. Et parmi ces nouveaux, grand nombre viennent de DL, d’autres en direct du Parti Radical (dont le dernier Président Départemental, Jean-Luc CHAPON, est resté au sein de l’UDF avec bon nombre de ses adhérents), d’autres du PPDF, et nous avons même dénombré plusieurs militants notoires gaullistes.... de l’ex-RPR. Du jamais vu !

Que nul ne s’imagine qu’il faille pour autant se réjouir des difficultés rencontrées par nos partenaires. Nous avons tous besoin des uns et des autres. Nous avons besoin d’une UMP unie et forte comme, réciproquement, l’UMP a besoin d’une UDF en pleine vitalité.

Seule l’union de tous, autour de candidats choisis en commun, pourra nous assurer de nos futures victoires.

Mais est loin désormais le temps où certains croyaient pouvoir nous imposer leurs diktats. La majorité - qu’elle soit présidentielle, parlementaire ou municipale - repose sur deux piliers bien établis. Elle marche de nouveau équilibrée sur deux jambes. Et plus à cloche-pied.

jeudi, 02 janvier 2003

À PROPOS DES ÉLECTIONS PROFESSIONNELLES

BILLET du 2/01/2003

Voici moins d’un mois, c’était le 11 Décembre, ont eu lieu dans toute la France les élections professionnelles. Ces élections avaient pour objectif de désigner les personnes appelées à rendre un arbitrage dans tous les litiges professionnelles opposant des salariés à leurs employeurs.

L’institution “prud’hommale” obtient un énorme succès auprès des ressortissants, à en juger par le nombre d’affaires dont cette juridiction est constamment saisie.

Or, ce 11 Décembre, 2 électeurs sur 3 n’ont pas voté. C’est parfaitement scandaleux. Pire : c'est très grave.

Pour expliquer cette abstention - qui ne cesse de croître de scrutin en scrutin - on peut toujours invoquer certaines faiblesses d’organisation de ces élections. Mais ceci n’explique pas tout.

À qui la faute ? Au gouvernement ? Aux syndicats ? Soyons clair : c’est surtout de la faute des salariés eux-mêmes, alors qu’il s’agit bien pour eux de défendre une conquête fondamentale. C’est une perte de leur conscience sociale, liée aussi à une part d’individualisme.

Mais si l’on analyse plus loin ce désintérêt, force est aussi de constater celui des salariés français face aux organisations syndicales elles-mêmes. La France a désormais le taux le plus faible du monde de représentation syndicale : 9,1% contre, par exemple, 90% en Suède. Même les USA sont à 15%.

En France, la démocratie sociale ne fonctionne évidemment plus.

Mais on peut aussi expliquer ce désintérêt par une trop forte politisation des syndicats eux-mêmes. Nombre de salariés estiment en effet que les organisations syndicales sont davantage préoccupées de faire des “coups” à vocation idéologique qu’à défendre les salariés eux-mêmes. Et pour couronner le tout, nous assistons enfin aux querelles totalement archaïques, entre les organisations syndicales elles-mêmes.

Pour exemple, à NÎMES, ces querelles entre syndicats ont ruiné l’existence du Comité des Œuvres Sociales (COS) municipal, après 48 années d’existence.

Pour autre exemple encore, la querelle entre la CFDT et la CFTC sur la référence à l’étiquette chrétienne a divisé ce courant : or si ces deux centrales étaient restées unies, elles seraient aujourd’hui la première centrale syndicale, avant même la CGT. Et ce n’est pas le seul exemple que l’on pourrait citer.

Si les syndicats n’ont pas le courage de se réunifier, ils n’auront que ce qu’ils méritent, c’est-à-dire leur perte de représentativité. Donc leur perte de crédibilité.

Le législateur a désormais le champ libre pour dire le droit social. Face à lui, il n’a plus d’interlocuteur réellement représentatif. Le seul interlocuteur qui reste est celui de la rue. Et celui-là est totalement incontrôlé, donc incontrôlable.

Dans les grandes réformes sociales que le gouvernement va devoir engager, non sans courage car elles sont devenues nécessaires et urgentes, la partie n’est pas sans risques. Un passé récent nous l’a déjà démontré. L’absence de représentation syndicale n’a fait qu’augmenter ce risque. C’est la conséquence de la perte de démocratie sociale.