lundi, 23 août 2010

DÉMOCRATIE ET CORRIDAS

À la suite d'une décision du Parlement catalan de Barcelone qui n'autorisera bientôt plus les corridas dans sa province - décision plus destinée à marquer son particularisme et son indépendance politique et culturelle vis-à-vis de son écrasant voisin, l'Espagne, qu'à condamner les corridas elles-mêmes, bien ancrées dans l'âme populaire, même si tous les catalans ne sont pas des "aficionados" acharnés - les réactions se sont multipliées en France, surtout là où les arènes sont devenues parmi les plus mportantes du monde.

 

corrida.jpgÀ Nîmes, réactions et inquiétudes sont partagées. Il est vrai que si, par malheur, une telle décision venait à y être prise, les dommages économiques dans toute notre région seraient considérables. Et ce ne sont pas les courses de vachettes - qui sont à la corrida ce que sont les mini-golfs face aux grands parcours de golf - qui sauveraient la situation, ces courses étant d'une banalité déconcertante et assourdissantes de messages publicitaires qui les polluent totalement.

 

François VAN DE VILLE a fait publier un message sur le sujet et qui traite surtout du rapport de la corrida et la démocratie.

 

En voici la teneur :

 

"Bien qu’homme du Nord je sois mal placé pour défendre la tauromachie - quoiqu’en Flandre, d’où je suis issu, les combats de coqs sont bien plus cruels encore car, là, c’est un animal qui tue avec le pire acharnement son propre congénère - je ne défends pas la tauromachie en tant que telle mais un principe auquel je suis attaché : la défense des minorités, leurs cultures et leurs traditions.

"Toute démocratie ne s’honore qu’en respectant ses propres minorités et en défendant avec une même volonté leurs droits de participer à ses propres rites. Quoique le chiffre de 10% de vrais "aficionados" que je lis parfois me paraisse faible, surtout dans nos régions, ils ne seraient même que 2% que leurs droits seraient les mêmes et tout autant respectables. Les bannir parce qu’ils sont minoritaires est une forme de dictature qui est à condamner sans appel.

"Toute autre considération est sans valeur, même sous couvert d’une “sensiblerie” déplacée, d’un “business” ou d’un “snobisme” honnis, lesquels arguments n’ont aucunement leur place dans le fond du débat. Et ce au nom de la démocratie et de son exigence.

“Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu'au bout pour que vous puissiez le dire” (Voltaire).

"Vous pouvez remplacer les mots “ce que vous dites” par “ce que vous aimez”, la conclusion serait “que vous puissiez continuer”. Voltaire aurait certainement applaudi, car cela relève de la même pensée : la sienne, celle de l'esprit de tolérance qui fait partie de la grandeur de la France et son honneur."

vendredi, 16 juillet 2010

À PROPOS DES "AFFAIRES" ET LE POUVOIR

BILLET DU 16 JUILLET 2010

 

Quelle que soit le moment de l’Histoire que l’on choisisse, que ce soit celle des républiques ou des différents régimes qui les ont précédées, plus récemment encore que ce soit sous les présidences de Pompidou, Giscard, Mitterrand, ou Chirac (pour ne se limiter qu’à la seule V° République), les rapports entre le pouvoir et l’argent ont toujours été compliqués et cause de bien des turpitudes.


argent.jpg

 

LE SIGNE DE L'ARGENT

Mais il faut admettre que, sous le mandat de Nicolas Sarkozy - lui qui a eu le “mérite” de dire, avant même son élection, qu’il aimait, qu’il respectait, qu’il admirait l’argent et tous ceux qui le possédaient, et que c’était chez ces gens-là qu’il avait surtout ses amis - les choses ne se sont guère arrangées depuis, de loin s’en faut !

Et, dès les premières minutes de son élection, il a placé aussitôt son nouveau pouvoir sous le signe de l’argent (Fouquet’s, yacht de Bolloré, etc....). C’étaient des signes forts qui ne pouvaient tromper personne.

Ceci, à la limite, était encore admissible en 2007 : on y voyait là, avant cette élection, la fin de la diabolisation de l’argent et de tous les anachronismes qui en étaient issus. Mais, en 2010, trois ans après, çà ne passe plus : l’opinion publique, qu’elle soit de gauche ou de droite, exige l’indépendance du pouvoir vis-à-vis de celui de l’argent.

LES AFFAIRES

L’affaire Woerth-Betencourt en est l’une des illustrations. Mais, à cette “affaire”, très nourrie il est vrai par une presse avide de “sensationnel”, viennent aussi se greffer toute une série de petits “manquements” du pouvoir et de ceux qui ont charge de le servir. Et, là, on pense à l’incroyable épopée des cigares du ministre (Nouveau Centre) - Christian Blanc - qui se faisait payer ses volutes de fumée aux frais des contribuables : 12.000 € en peu de mois ! Il y a, en sus, des affaires d’appartements de fonction à l’usage douteux, de voyages en jets privés (à prix d’or) pour des rencontres éloignées à l’intérêt peu édifiant, des séjours dans des suites somptueuses d’hôtels de luxe, même pour de simples secrétaires d’état, etc....

PERTE DE CONFIANCE

Ces successions “d‘affaires” se traduisent donc, finalement, par la perte progressive de confiance de nos concitoyens envers l’actuel pouvoir. Je ne me joindrai pas pour autant à la clameur populaire des “tous pourris”, car il faut savoir aussi relativiser l’importance de ces “incidents” de dimensions très inégales. Mais....

Le pouvoir s’en trouve donc considérablement affaibli : les sondages successifs ne se démentent pas pour traduire la profonde désaffection de l’opinion

PERTE DE CRÉDIBILITÉ

crédible.jpgEn plus, et sur un autre registre, on a le sentiment que Mr Sarkozy perd parfois la main : annoncer, par exemple, un remaniement trois mois à l’avance et, ensuite, le “bricoler” dans les heures qui suivent démontre qu’il travaille davantage au jour le jour que de façon préparée, réfléchie et coordonnée. C’est une nouvelle perte de crédibilité encore.

Autres perte pour sa crédibilité, ces contradictions successives entre les discours et les faits concrets : à Davos, par exemple, Mr Sarkozy a tenu un discours étonnamment gauchisant, violemment anticapitaliste, anti-bancaire, du Besancenot-bis, ou presque ! Mais, dans les faits, sitôt le discours terminé, Mr Sarkozy tient une politique favorable aux classes les plus aisées, et défavorables aux classes les plus modestes. Où est la cohérence ? Que reste-t-il de sa crédibilité ?

On pourrait multiplier ces exemples d’improvisations qui ne sont plus qu’une caricature de pouvoir.

Le pouvoir s’est donc gravement affaibli par ses propres actes qui déroutent tous les citoyens.

PERTE DU POUVOIR, DE LA RÉÉLECTION....

....SAUF MIRACLE

Sans trop donc s’aventurer dans de la “politique-fiction”, et ce à 18 mois d’une échéance capitale, il n’est plus hasardeux aujourd'hui d’affirmer que Mr Sarkozy a perdu le pouvoir. Et aussi sa réélection. À moins d’un miracle....

2012.jpgCe serait, il faut le dire, insulter la droite que d’affirmer qu’elle est incapable de faire des "miracles". On a, certes, déjà connu des cas, tant à droite qu’à gauche, apparemment désespérés pour le candidat ou l’équipe sortante. Mais, chaque fois, le pouvoir en place pouvait encore utiliser une certaine marge de manœuvre propre à pouvoir retourner l’opinion en sa faveur. Mais, dans le cas présent, Mr Sarkozy n’a plus aucune marge de manœuvre, il a usé toutes ses cartouches d’avoir trop tardé à prendre en compte l’endettement de la France, en l’aggravant même lourdement par des mesures inconsidérées. Il rentre même en une période où rigueur et restrictions vont s’imposer à lui, contre lui, comme à tous les français : l’on évoque jusqu’à un gel  possible des salaires, notamment dans la fonction publique, qui lui serait (?) imposé par les autorités monétaires internationales s’il ne veut pas voir les capacités d’emprunt de la France se dégrader de façon insupportable : nous voici loin d’une stratégie porteuse d’une éventuelle réélection. Un miracle, ai-je dit ? Quel miracle ? Est-ce encore possible ?

L'ESPOIR PERDU D'UNE EMBELLIE

De toutes façons, Mr Sarkozy réalise bien qu’il n’y a plus d’espoir pour lui d’une quelconque embellie économique à court terme, embellie lui aurait été indispensable pour aligner, en 2012, des résultats probants et utiles pour sa réélection. Il réalise aussi qu’il a perdu la bataille de la sécurité où nous courons de désastres en désastres, dont c’était pourtant le "fond de commerce" favori depuis son arrivée au Ministère de l’Intérieur, en 2002. Et, aujourd’hui, il ne sait plus où et comment aller récupérer des voix qui lui manqueront fatalement pour assurer sa réélection. D’où ces rencontres, ces fausses “retrouvailles”, qui font les délices de la presse. D’où aussi cette tentation de renier les “grands principes” moraux, hier défendus avec solennité et aujourd’hui bafoués sans vergogne, même au prix du renoncement à l’idéal républicain et le devoir constitutionnel de sa charge. D’où, encore,  cette multiplication de postes gouvernementaux - il y a 19 secrétaires d’états en plus des ministres, eux déjà en surnombre, dont beaucoup de falots ! - postes offerts à tous les horizons politiques, mais à la cacophonie étourdissante.

C’est donc, sauf hypothétique ou improbable “miracle” (?), une fin de règne qui se profile pour Mr Sarkozy.

ET LES RÉFORMES ?

manif.jpgCette fin n’est d‘ailleurs pas sans rappeler celle devenue, à son terme, pathétique de Mr Chirac par ses échecs répétés.

Il est simplement à souhaiter, malgré ces handicaps, pour la France et les français, que celles des réformes qui sont devenues urgentes et nécessaires, que celles-ci soient conduites à leur terme et aboutissent. Et qu’elles ne soient pas contrariées par ces aléas d’un pouvoir en pleine déliquescence.

jeudi, 17 juin 2010

À PROPOS DE L'HOMME DU 18 JUIN

BILLET du 17 JUIN 2010

de_Gaulle-bbc.jpg
40 ans après la disparition du Général De Gaulle, l’on célèbre cette année, avec une exceptionnelle solennité, le 70° anniversaire de son appel du 18 Juin 1940.


Il est peu d’hommes de notre Histoire dont on célèbre, années après années et à travers toute la France, une déclaration de quelques lignes seulement, diffusée dans une quasi clandestinité depuis Londres, radio alors trop étrangère et éloignée pour qu’elle atteigne les français jusqu'au fond de leurs campagnes.

QUE CÉLÉBRE-T-ON ?

Est-ce son auteur que l’on célèbre ainsi ? Ou le texte de son message ? D’aucuns répondront : “Les deux, mon Général !”. Nous sommes en pleine ambiguïté.

Questions que nous pouvons ici nous poser : De Gaulle était-il un “grand homme” ? Qu’est-ce qui définit un “grand homme” ?

Tous les peuples sont modelés par leur Histoire, et par celles (ou ceux) qui l’ont marquée au fil des siècles. En France, il n’en manque pas : même sans remonter trop loin, la liste serait longue ! Il y a eu entr’autres Louis XIV, Napoléon, ou encore Clémenceau, pour ne parler que de ceux qui ont touché, un jour ou l’autre, au pouvoir. Sans négliger pour autant les grands découvreurs, les savants, les écrivains, les artistes, les saints, tous ceux qui ont fait l’honneur de la France.

ILS ONT OSÉ RENDRE L'ESPOIR

Mais il y a eu aussi Jeanne d’Arc..., et De Gaulle. Mais ceux-là se sont distingués des nombreux autres par un trait commun : tous deux, alors que la patrie était en grave péril et menacée par des occupants étrangers, ils ont donné aux français, en des circonstances dramatiques, des raisons d’espérer. Alors qu’ils étaient jusque là bien seuls, sans puissante armée avec eux pour les appuyer, sortis à peine de leur anonymat dont ils étaient issus  : Jeanne d’Arc, venue depuis sa Lorraine profonde ; De Gaulle, élève de St Cyr, auteur d’ouvrages connus que de quelques initiés militaires, nommé “à titre temporaire” général, quelques jours avant d’être nommé Sous-Secrétaire d’État (!) d’un gouvernement éphémère.... qui ne gouvernait déjà plus grand-chose en France.

Il fallait être fou pour oser ! Mais, cependant, tous deux, Jeanne et Charles, ONT OSÉ ! Et c’est ce qui a marqué le plus les esprits. Comme un peu toutes les aventures épiques qui ont bercé d’images notre enfance.

L’une, Jeanne d’Arc, a poursuivi son périple jusqu’au sacrifice, sur un bûcher allumé par les anglais. L’autre, De Gaulle, aurait pu avoir un sort comparable, même si moins cruel, tant les forces qui se sont élevées sans cesse contre lui et les divisions de toutes parts ne visaient qu’à l’affaiblir.

INCARNER LA NATION

Tous deux, au moment où la France était donc au plus bas, ont incarné la Nation et allumé, devant la désespérance de son peuple, une lueur d’espoir. C’est là leur grandeur, leur vraie grandeur. C’est quelque chose d’irremplaçable.

Tous deux savaient très bien la part d’illusions qu’ils drainaient avec eux. Dans “Les chênes qu’on abat”, Malraux fait dire à De Gaulle : “J’ai amusé les français avec des drapeaux”. Il faut traduire “contre une grande partie des français” - qui étaient alors très majoritairement “maréchalistes” et confiants dans la parole du vainqueur prestigieux de Verdun et auquel un parlement en déroute avait confié les clefs de l'état - De Gaulle, donc, seul face à eux, et condamné par eux, a plaidé la cause de la France.

C’est là un exemple que, dans de grandes circonstances, le monde peut être sauvé non pas par un peuple qu'on a conduit au désespoir - il faut avoir la lucidité de le reconnaître - mais par quelques individus isolés, brandissant seulement une bannière ou un flambeau.

QUI AUJOURD'HUI ?

Nous nous souvenons de cette déclaration de Georges Pompidou, annonçant aux français le décès du Général De Gaulle, et disant : “La France est veuve”.

Qui, aujourd’hui, quel homme d’état, s’il venait à disparaître, pourrait susciter qu’on lui rende semblable hommage ? Aucun ! Les savants, les artistes, les écrivains qui méritent, eux aussi, le titre de “grands hommes” sont, eux, nombreux. Mais les politiques, les "grands hommes d’état", eux, sont rares, rarissimes : à peine on en compte un ou deux par siècle.

Qu’est-ce qui fait donc que quelqu’un devient un “grand homme” ?

INCARNER LA FRANCE, LA NATION, L'ÉTAT

Il faut pour cela qu’il incarne les transcendances verticales, c’est-à-dire quelque chose qui est au-dessus de nous. Soit il incarne le divin (un peu comme Jeanne qui avait entendu des voix célestes), soit il incarne la France. De Gaulle - à qui on a d’ailleurs fait le procès ensuite d’être “maurassien” - incarnait aussi bien la France, qu’il incarnait la Nation ou l’État. Il incarnait la tradition historique de la France.

Mais, par dessus tout, il a toujours été un démocrate, un républicain. Jamais le monarque qu'on a voulu faire de lui. Oui, il a voulu incarner l’état républicain français, comme jadis nos rois l'incarnaient eux-mêmes : "L'État, c'est moi !" (Louis XIV).

Et, lorsque les français ont appris sa mort, beaucoup ont eu le sentiment qu’il incarnait bien quelque chose qui était supérieur à eux. La France était bien veuve.

DEPUIS 2.000 ANS....

On se souvient d’ailleurs de cette phrase étonnante de De Gaulle : “Cette légitimité que j’incarne depuis 2.000 ans....”. Çà voulait dire qu’il avait conscience d’incarner la tradition, l’Histoire, non pas celle des français mais celle de la France.

Aujourd’hui, plus personne n’est comparable à De Gaulle, indépendamment des circonstances historiques et du talent qui étaient exceptionnelles chez lui.

Nous ne vivons plus aujourd’hui dans un monde où les transcendances verticales s’imposent : il n’y a plus, aujourd’hui, que des transcendances horizontales. Nous n’avons plus le sentiment que notre démocratie est habitée par de “grands hommes”, ou de grands inspirateurs : tout est devenu “platitude”. Et ce ne sont pas les promesses non tenues, parce que non tenables, qui changent grand'chose. Tout n'est que numéros d'illusionistes.

QUELLE POSTÉRITÉ ?

Quelles traces laisseront donc dans l’Histoire les hommes politiques contemporains ? Et lesquels laisseront même une trace durable ? Peut-être Mitterrand ? Mais avec quelle part d’ombres qui ont tant assombri son image !

Des périodes gaulliennes, il y en a, aussi, peu dans l’histoire des nations. Il faut d’ailleurs qu’il y ait de grands malheurs pour que surgissent de tels “grands hommes”, hissés par les circonstances.

De Gaulle a donc été la combinaison de deux légitimités : • la légitimité personnelle qui a été coulée dans le bronze du 18 Juin 1940 • et la légitimité démocratique de celui qui a rétabli, par deux fois, la République effondrée.

La grandeur de De gaulle, c’est de n’avoir jamais séparé ces deux légitimités. Il n’était ni socialiste, ni libéral. Il est aujourd'hui redevenu d'actualité dans un monde où ces valeurs n’existent plus.

UNE HONTEUSE RÉCUPÉRATION !

 

Mais aujourd'hui, il y a un fait beaucoup plus grave : c'est cette honteuse récupération du nom de De Gaulle. Nous assistons maintenant, y compris en cette semaine de commémorations diverses et nombreuses, à une véritable imposture.

De quel droit les médias - il est vrai contrôlés, pour presque tous ceux les plus essentiels, par le pouvoir en place - s’approprient-ils le 18 Juin comme une sorte de symbole de la France d’aujourd’hui ? Alors que toutes les valeurs du gaullisme sont contraires à ce qui se passe actuellement dans notre société.

Le gaullisme est une vision héroïque de l’existence : cette vision, aujourd’hui, où existe-t-elle ? Le gaullisme, c’est le primat des valeurs collectives sur les valeurs individuelles : où en est-on aujourd’hui ? Et on voudrait nous faire croire que la France d’aujourd’hui puise encore quelque chose dans les valeurs du gaullisme ? Oui, c’est une véritable imposture !

On a peut-être tort de préférer la résistance à l’accommodement. Pourtant, on ne peut pas faire les deux à la fois.

Ces célébrations “bidons”, largement médiatisées - peut-être parce que les circonstances politiques actuelles y poussent - ne sont donc que des leurres.

LE GAULLISME EST BIEN MORT

La société a, certes, bien changé depuis 40 ans. Mais, en fait, le gaullisme est bien mort avec De Gaulle. On en a guetté quelque trace que ce soit dans la pratique du pouvoir chez ceux qui lui ont succédé : Pompidou, Giscard, Mitterrand ou Chirac. Aujourd’hui, Sarkozy. Mais en vain. Ou si peu.

Il y a eu, pourtant, deux brefs relents de gaullisme chez ceux-là : le premier, sous Chirac, quand celui-ci a eu le courage de dire “non” à Bush se préparant à envahir l’Irak de Saddam Hussein. On se rappelle ce plaidoyer pathétique de De Villepin à l'ONU : “La France est un vieux pays....” où, par sa voix, celle-ci voulait faire partager au monde son expérience et sa vision des choses. L’autre relent est celui de Sarkozy présidant l’Union Européenne et confronté à une crise internationale imprévue : il a donné, pendant les quelques 6 mois de sa présidence, un poids à la parole de la France qui dépassait largement sa représentation. Mais, hormis ces deux cas d’exception, nous sommes, partout, parfaitement “plats”.

La barrière de la politique de l’argent contre laquelle s’élevait tant le Général, déjà compromise sous Pompidou, est aujourd’hui totalement abattue : qu’en penserait De Gaulle ? On crée aujourd’hui une confusion permanente entre vie publique et vie privée : impensable dans le vision de l'état de De Gaulle. Chirac, encore, ne remettant pas en cause son mandat après sa dissolution ratée : ce n’était pas çà non plus le gaullisme. À mes yeux, dès cet instant, il avait perdu toute légitimité et je lui ai, alors, fait connaître.

TOUT, SAUF UN GAULLISTE !

Mr Sarkozy, même avec ses qualités propres, est bien tout, sauf un gaulliste : c’est un libéral-conservateur, qui aime, notamment, étaler ses relations avec l’argent.

Et le voilà maintenant partant à Londres, avec caméras et cortèges, célébrer le 18 Juin 1940 : c’est un contresens !

Ce n’est pas une question de droite ou de gauche. Ou alors qu’on dise clairement que De Gaulle est un homme du passé, un Don Quichote issu de temps révolus, et que le célébrer dans un tel cas est dénué de toute signification.

Y A-T-IL ENCORE....

Y a-t-il d’ailleurs encore, aujourd’hui, un seul homme politique français, à droite comme à gauche, pour élever les français vers les cimes, les entraîner vers d’autres conquêtes, face à ceux qui rognent inlassablement l’héritage de leur Histoire, comme savait les y entraîner De Gaulle ? Non ! Les nouveaux héros des français, aujourd’hui, ce sont les banquiers, ou les sportifs, ou la société à paillettes, qui se mettent de l’argent plein les poches et en dégoulinent sans vergogne. Ou ceux encore qui défendent fiévreusement leurs étroits privilèges. On fait aujourd’hui avec grand tapage des numéros d’acrobate devant les français et on leur dit ensuite : “Circulez, il n’y a rien à voir !”. Çà, ce n’est pas du gaullisme !

Nous sommes totalement à contre-courant du 18 Juin 1940 et de celui dont on célèbre l’appel. Comme l’était déjà Giscard, il est vrai, quand il prétendait, alors qu'il était au pouvoir, que, puisque la France ne représentait plus que 1% de la population mondiale, il fallait qu’elle se résolve à se dissoudre dans la vague déferlante de la mondialisation. Une résignation, déjà, à l’opposé de l’esprit du 18 Juin !

DE GAULLE AURAIT-IL ?

De Gaulle était plus préoccupé des grands desseins de la France que de petites manœuvres ou combinaisons comme on en voit tant aujourd’hui.

A-t-on déjà vu De Gaulle participer à un congrès de parti politique, même si c’était une assemblée de “gaullistes” ? Mot que d’ailleurs il réfutait avec force car, à ses yeux, il n’y avait que des français.

De Gaulle aurait-il approuvé, au travers d’un quinquennat coïncidant désormais avec les législatives, de faire du Président de la République un chef de clan et non plus un homme au-dessus des partis ?

De Gaulle aurait-il accepté le retour de la France dans le commandement intégré de l’OTAN sans négocier avec vigueur les conditions de ce retour ? Or, on n’a rien négocié du tout et, aujourd'hui, la France n’y pèse rien, ou presque, dans les décisions que d’autres que nous prennent sans elle.

Que donc nos actuels gouvernants cessent d’invoquer le nom de De Gaulle à tout bout de champ, de faire semblant de s’inspirer de sa pensée dans des cérémonies qui ne sont que simagrées.

De Gaulle est bien mort à Colombey, voici 40 ans. Hélas.

Reste son épopée : elle se poursuivra dans la mémoire de notre Histoire.

Mais que cessent ces impostures !

samedi, 12 juin 2010

À PROPOS DU FIASCO ISRAËLIEN DE GAZA

BILLET du 12 JUIN 2010

“Gaza sera notre Vietnam”. C’est le titre d’un éditorial paru dans un journal israélien, le lendemain même du raid contre une flottille d’embarcations civiles qui voulait tenter de braver l’embargo imposé à Gaza pour apporter à sa population une aide humanitaire.

Tout porte à croire que ce journaliste a raison. Il est même à craindre qu’il soit très en dessous de la vérité.

La réplique démesurée d’Israël, qui s’est terminée, hélas, par un bain de sang répandu par les seules armes israéliennes, est une faute incalculable. Faute sur tous les plans : moral, politique, celui  de la communication, ou encore militaire. Même les meilleurs amis d’Israël en conviennent : cette opération est un désastre.


À QUOI SERT LE BLOCUS DE GAZA ?

À QUI PROFITE-T-IL ?


Ceci, à l’évidence, ne résout en rien le problème de fond ; à quoi sert le blocus de Gaza ?  À quoi çà sert d’enfermer dans une prison à ciel ouvert toute une population, qui n’est pas, au fond d’elle-même, forcement unanime face au Hamas, ses méthodes et brimades musclées, notamment envers les femmes ? Cette punition collective est insupportable.

blocus-gaza-jan2008.jpgDe plus, à qui profite ce blocus ? C’est clair : au Hamas ! Le Hamas, le pire ennemi d’Israël, un régime fanatique et odieux, qui ne cesse de renforcer, grâce aux excès de l’actuel gouvernement israélien, ses positions dans une population palestinienne qui se voit ainsi martyrisée par Israël. C’est totalement contre-productif !

Et si, en contrepartie, Israël aidait le gouvernement modéré de Mahmoud Abbas, on pourrait supposer éventuellement que cela relève d’une certaine stratégie d’usure entre deux pouvoirs rivaux, prétendant tous les deux gouverner une même population. Or Israël ne cesse de brimer lui aussi, et de façon indigne, Mr Mahmoud Abbas !

Est-ce là une façon intelligente et efficace de lutter contre un ennemi terroriste - le Hamas - qui, lui, s’installe dans sa logique d’extermination totale de l’état d’Israël ?

Sur un autre plan, au-delà de l’indignation de cette dizaine de morts civils provoqués par l’intervention israélienne, on assiste maintenant, à travers le monde entier, à un véritable déferlement de haine contre Israël. Et, au lieu de porter l’attention internationale essentiellement sur l’attitude belliciste de l’Iran - qui, elle, est un vrai danger pour la paix mondiale - on détourne désormais cette attention pour la porter sur Israël et sa conduite militariste à tout-va. C’est un autre désastre.

Ensuite encore, il y a la question des futurs rapports entre Israël et la toute proche Turquie, et dont c’est bien le gouvernement islamiste qui a favorisé la formation de cette flottille : celle-ci avait aussi, en arrière-pensée, un objectif politique.

La Turquie est, en effet depuis la nuit des temps et jusque tout récemment - Il faut remonter à Isabelle la Catholique ! - la meilleure alliée d’Israël, et la plus fidèle en toutes circonstances. Ce revirement d’alliances est calamiteux pour Israël. Il est tout autant incompréhensible pour les États-Unis, alliés historiques de ces deux pays proches l’un de l’autre, lesquels USA œuvraient activement pour le maintien d’une alliance stratégique entre ces deux peuples unis par la raison face à une même menace, celle de l’Iran. Toute cette stratégie historique s’écroule de par l’inconséquence suicidaire de l’actuel gouvernement israélien.

ISRAËL NE PEUT SURVIVRE QUE SI....

Faut-il rappeler, à cette occasion, qu’Israël est un pays qui ne peut survivre que s’il y a un minimum d’acceptation de son existence par la communauté internationale. Le vrai danger pour Israël est que si, un jour, cette même communauté - peut-être lassée par un comportement incompréhensible ou des attitudes qu’elle réprouverait - venait à se désintéresser du sort d’Israël, cet état serait bien menacé dans son existence même. Et ce n’est pas une diaspora, quelle que soit son influence dans le monde, qui pourrait, alors, sauver la situation.

L’actuel gouvernement israélien est, il faut le dénoncer avec force, véritablement criminel vis-à-vis de son propre peuple. Et la menace qu’il constitue de lui-même est bien plus grave pour l’existence d’Israël que les quelques scuds envoyés par le Hamas par dessus le mur séparant Gaza du territoire israélien.

La sécurité d’Israël ne sera jamais assurée par la seule option militaire. C’est une grave utopie de croire le contraire : à un moment ou un autre, il pourra arriver que le Hamas, ou l’un des groupes terroristes auquel il est associé, aidé par ceux proches de Ben Laden, voire de l’Iran elle-même, auront  les moyens militaires - y compris nucléaires - pour anéantir physiquement Israël.

L'ÉVOLUTION DE LA TURQUIE FACE À....

Et la Turquie, là-dedans ? Dans ce contexte, elle sait très bien qu’elle ne rentrera pas de sitôt dans l’Europe (sauf à “ingérer” un jour toutes les règles communautaires : elle n’en prend plus le chemin depuis l’arrivée au pouvoir d’un gouvernement islamiste), pourquoi donc la Turquie, dans son intérêt propre de ne plus prendre cette direction qui l’isolerait de fait du monde musulman, et voulant légitimement occuper une place prépondérante dans ce secteur-clef du Moyen-Orient, pourquoi donc la Turquie ne serait-elle pas tentée de participer un jour ou l’autre, ne serait-ce que par une passivité complice, à cette destruction de l’état juif pour mieux assurer sa prépondérance dans cette région ?

islam-metro.jpgQuand donc, face à ces évolutions qui menacent désormais Israël de toutes parts, quand donc le gouvernement israélien cessera-t-il de mener la “politique de l’autruche ?”. Il a une responsabilité majeure dans ce qui est, aujourd’hui, la victoire du Hamas. Celui-ci ne pouvait rêver mieux ! Hamas-Netanyahu : même combat pour la destruction à terme d’Israël ! Qui eut cru un jour la chose possible ?

On en revient donc à la question posée plus haut : pourquoi le gouvernement israélien n’aide-t-il pas massivement Mahmoud Habbas, le Président modéré palestinien qui, lui, n’est ni un fanatique ni un religieux cherchant à détruire Israël ? Quand donc l’aidera-t-il de fait à construire le projet de création d’un état palestinien viable, de plein droit, garantissant des frontières communes, sures et défendables, dans une relation de paix durable ?

Nous sommes donc dans une sorte de logique à la fois politique et géographique. Et plus dans une stratégie simplement géo-politique.

Tout ceci suscite, de part et d’autre, les plus vives passions. Mais il faut prendre garde que ces passions n’aveuglent, finalement, les réalités, aussi dures et cruelles soient-elles. Le simple réalisme des faits doit l’emporter sur toute autre considération
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mercredi, 02 juin 2010

À PROPOS DE LA VIOLENCE

BILLET du 2 JUIN 2010

 

Il ne se passe plus de jours sans que la presse ne nous relate de nouveaux actes de violence, apparemment parfaitement inexplicables. Et ce même, maintenant, dans des lieux qui passaient, jusqu’ici, pour des “sanctuaires” préservés, ou visant même des services publics dont nul ne nie l’intérêt général.

Qu’est-ce qui nous vaut de telles dérives ?

J’entendais récemment un entretien de Malek Boutih, ancien Président de “SOS Racisme”, assez impressionnant par sa profondeur et son intelligence. Abordant l’évolution des violences dans notre société, il affirmait que celles-ci ne sont pas la continuation des “loulous” de banlieue, ou des “blousons noirs”, mais que c’est tout autre chose : une contre-culture, voire une contre-politique.

UNE CONTRE-CULTURE

loubards.jpg Des jeunes des banlieues - car en majorité ce sont des “jeunes” - prennent désormais à contre-pied tout ce qui représente des valeurs de la République, celle des “blancs” : “Tu aimes l’art ? Je te pète ton tableau”, “Tu aimes les livres ? Je te brûle ta bibliothèque”, “Tu t’habilles bien ? Je m’fous une cagoule”, “Tu parles un français correct ? Je parle le verlan”, “Tu est pour les Droits de l’Homme et tu les argumentes ? Je suis violent”, “Tu es blanc et catholique ? Je suis basané et j’aime Ben Laden”, etc....

On a là quelque chose qui est vraiment pensé comme une véritable contre-culture. Plus du tout celle des intellectuels communistes de quartiers privilégiés. Non. C’est factuel : c’est une contre-politique.

Politique ? Ce n’est pas du tout non plus pour prendre le pouvoir, mais c’est pensé et organisé comme tel.

Ces jeunes des banlieues ne sont nullement dépourvus d’intelligence : ils parlent vite et pas mal du tout (même si c’est en verlan). Ils comprennent très bien ce qu’ils font et ils voient combien ils font peur aux “bourgeois”, aux “traditionnels”, ou aux “blancs”.

LE CULTE DE L'ARGENT

Le seul point sur lequel ces jeunes sont en phase avec la société, c’est le culte de l’argent et de la réussite sociale. Ils veulent réussir. Ils disent : “le modèle qu’on nous donne, c’est le RMI, c’est le SMIC, ce sont les indemnités de chômage : nous, on n’en veut pas !”. Pourquoi en voudraient-ils bien sur quand on sait, par exemple, que des petits veilleurs de 7 ans gagnent de 70 à 100 euros par jour à faire simplement le guet.

Là, ils sont bien en phase avec la société. Ils disent : “Vos banquiers, vos politiques qui “piquent” dans la caisse, ils font la même chose que nous”. Et quand on sait que le seul trafic de drogue en France représente 2 milliards d’euros, sans parler du trafic d’armes naissant....

banlieue.jpg Au fond, comme tous “leurs territoires” en profitent - il en avait 50 dans les années 80, il y en a aujourd’hui 1.500 - quand un gamin de 15 ans paye le loyer de la famille tous les mois, les parents savent très bien que, s’il ne travaille pas, l’argent doit provenir “d’autres sources peu avouables”. Mais tout le monde ferme les yeux, parce que c’est devenu une sorte de “machine politique” et dont tout le monde profite.

Il y a donc, aujourd’hui, et depuis les années 80, quelque chose de très nouveau et qui n’est pas la simple continuation de la petite - ou grande ?  - délinquance qu’on a connue précédemment.

Le vrai danger, cependant, serait de banaliser la violence, ou de dire comme certains sociologues : “La violence, c’est un langage comme les autres”. Il nous faut conserver au mot “violence” tout son sens. Ou, autrement, il pourrait y avoir une sorte d’équivalence qui s’établirait avec toutes espèces de comportement.

La violence, au-delà des arrière-pensées, est quelque chose qui ne doit donc pas être tolérée dans notre société. Ou cela nous mènerait droit à sa régression.

Mais quelles sont les violences qui ont précédé celles actuelles ? Car des violences, il y en a toujours eues à toute époque.

LES DIFFÉRENTES FORMES DE VIOLENCE....

Pour ne pas remonter trop loin dans le temps, au lendemain des deux dernières guerres mondiales, nous avons vécu sous le régime d’une violence internationale : la menace de violence émanait des états eux-mêmes. C’était le fruit de la guerre, puis celui de la menace nucléaire qui planait sur nos têtes. Bien après, a suivi une autre forme de violence, celle née à l’intérieur des états eux-mêmes : la menace de la guerre civile. Et la France, entr’autres états, est bien un pays de guerre civile : nous y faisons périodiquement des révolutions, d’ampleurs variables, pour obtenir, notamment, des réformes.

....ET CELLE DE LA VIE QUOTIDIENNE

Mais, aujourd’hui, la violence ne vient plus des états eux-mêmes, ni de la guerre civile : elle vient de la vie quotidienne. C’est cette violence-là qu’il convient de juguler.

Comment ?

Pas facile ! Il nous faut réinventer, dans nos sociétés, de nouvelles formes de sociabilité. C’est là le grand chantier des années à venir : notre société humaine est malade, et la politique des dernières années, celle du capitalisme, n’a pas réussi à juguler le mal. L’a-t-elle même entrepris ?

DES PROPOS CATASTROPHIQUES

Ce qui a été catastrophique, en 2007, c’est quand le Président de la République, tout fraîchement élu et lors d’une visite d’un quartier “sensible”, a déclaré : “On va régler le problème, on va nettoyer tout çà au karcher”. Les trafiquants ont d’abord cru en cette menace et se sont terrés un moment. Mais quand ils ont constaté que rien n’était entrepris, ou qu’on ne faisait qu’entreprendre des opérations médiatiques du type “coup de poing”, avec des caméras de télé par derrière - ce qui ne pouvait qu’envenimer les choses - les trafics se sont de nouveau développés comme jamais, trafics de drogue d’abord mais aussi maintenant trafics d’armes où l’on est prêt à tuer n’importe qui, n’importe comment, en toute circonstance. Et simplement parce que nous n’avons pas fait le vrai boulot.

L'EXEMPLE DE NEW-YORK

bronx.jpg Il est pourtant facile de prendre exemple sur ce qui s’est passé à New York : dans les années 80, on ne pouvait plus traverser le Bronx ou Harlem, alors qu’aujourd’hui on peut s’y balader partout en toute sécurité.

Comment s’y sont pris les américains pour aboutir à cela ?

Ils ne se sont certes pas contentés d’instaurer une politique de “tolérance zéro”, ni celle des “coups de poing” occasionnels médiatisés : ils ont instauré une politique continue, étalée sur deux ou trois années pleines, où ils ont envoyé des forces de l’ordre massives, y compris des forces militaires. Mais, surtout aussi, ils ont instauré une formidable politique sociale, une politique d’encadrement, pas la politique des petits chefs ou des grands frères.

Évidemment, quand notre laxisme a laissé se développer en France jusqu’à 1.500 “points noirs”, là où ils n’étaient qu’une cinquantaine il y a 30 ans, on devine que notre problème ne se réglera pas aujourd'hui d’un seul coup. Mais, par petites dizaines à la fois, systématiquement, en exterminant à fond et sans répit tous les réseaux souterrains, les autres réseaux se démantèleront d’eux-mêmes avant que la répression ne tombe à leur tour sur eux.

LE LAXISME FRANÇAIS

Or, aujourd’hui, à l’inverse de ce qu’on devrait, on a admis qu’il pouvait exister en France des zones de “non-droit” où ni les policiers, ni les services publics ou sociaux ne peuvent plus pénétrer.

Par ailleurs, il ne suffit pas d’envoyer de l’argent pour se donner bonne conscience : tout ce qu’on a déjà injecté depuis 30 ans - et Dieu sait ce que cela a coûté à nos finances - n’a servi à rien. Et quant à la “politique du football”, celle où les forces de l’ordre vont taper du ballon avec les loubards, on a pu mesurer que cela donnait.

La politique à conduire, politique à la fois de prévention et de répression, n’est - et ne peut être - ni une politique de droite, ni une politique de gauche. Mais elle doit être une politique continue d’éradication totale.

QUAND LA PEUR A CHANGÉ DE CAMP

Ces territoires se sont, hélas, progressivement vidés de ceux des habitants “moyens” qui ne voulaient pas d’histoires. Les caïds sont devenus maintenant “quelqu’un” chez eux. Alors qu’à l’extérieur, ils savent très bien qu’ils ne sont rien. Et quand un “blanc” va chez eux, il est terrorisé : la peur a totalement changé de camp. Et ce ne sont plus les petits “beurs” qui ont peur des ratonnades mais les “blancs”.

Le principe républicain de la continuité du territoire, comme je l’ai déjà exposé dans un précédent billet, a disparu sur notre sol.

C’est bien la République qu’il faut rétablir sur celui-ci. Avec ses idéaux de fraternité et de solidarité. Avec de gros moyens, et pas seulement financiers. Mais sans concessions aucunes, avec des actes concrets, pas de belles paroles ou d’inutiles menaces.

C’est bien là le plus important chantier qui attend nos générations.

vendredi, 30 avril 2010

À PROPOS DE RETRAITES et FINANCEMENTS

BILLET du 30 AVRIL 2010

La lecture du tout récent rapport du Conseil d’Orientation des Retraites (COR) a de quoi donner des cauchemars aux français. Et ce au moment même où le gouvernement se donne pour ambition de “remettre à plat” le système actuel pour éviter la catastrophe annoncée.

UN DÉBAT MAL ENGAGÉ

Je ne crois pas pour autant que, tel qu’il se profile actuellement, ce débat soit bien engagé. Je crains même que cette réforme, annoncée à grand bruit comme étant celle “phare” du quinquennat de Mr Sarkozy, ne débouche, finalement, que sur quelques mesurettes aux effets limités. Tout comme l’ont été les précédents chantiers initiés en 1993 ou en 2003 et qui, au final, nous coûtent, et continueront de nous coûter, fort cher.

Pourquoi ?

Si l’on approche d’un peu plus près les données du problème, nous devons d’abord constater que les français vivent de plus en plus longtemps. Nous avons toute raison de nous en réjouir : ces années de vie gagnées sont bien le fruit d’une meilleure politique de santé dont bénéficient nos compatriotes, tant par la qualité des soins prodigués que le progrès de la science médicale.

Mais, face à cette bonne nouvelle, la contrepartie est qu’il faut maintenant financer cette “rallonge”. Comment ? Quelles réponses ?

En diminuant le niveau des retraites ? En augmentant les cotisations perçues près les salariés en activité ? Ou quoi encore ?

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samedi, 24 avril 2010

À PROPOS DE RUMEURS ET GOUVERNANCE

BILLET du 24 AVRIL 2010

“Une partie du désamour des français, vis-à-vis de Nicolas Sarkozy, est lié au futile”.

Étonnante déclaration d’Alain Juppé, ancien Premier Ministre UMP et toujours ami - on suppose - de Nicolas Sarkozy.

Désamour des français ? C’est une évidence qu’on vérifie au quotidien. Mais utiliser aussi le mot “futile”.... Je relève la définition du mot : “insignifiant, léger, vain, sans importance”. C’est bien sévère dans la bouche de d’Alain Juppé. Qu’est-ce qui lui vaut de prononcer pareille sentence face à son ancien collègue du gouvernement ?

rumeur.jpg En général, la politique, les hommes ou les femmes qu’elle hisse sur son estrade, sont, on le sait, comme sur une scène de théâtre. Ce n’est pas nouveau : jadis, à la cour des rois, même son lever ou son coucher étaient livrés aux regards - blasés ou admiratifs - de tous les courtisans dont c’était là l’un des privilèges, qu’ils payaient d’ailleurs fort cher pour en bénéficier. Aujourd’hui, le bon peuple républicain est là, à son tour, bien présent devant les princes qui le gouvernent. Et il épie à satiété leurs moindres faits et gestes : il les observe, jusqu’au dernier fauteuil d’orchestre du fond de la salle de spectacle que leur offre une communication désormais omniprésente (presse, télévision, internet, etc....).

Quoi de nouveau ? Rien, il est vrai ! Mais les acteurs actuellement en place sur la scène française ont enrichi la pièce qu’ils livrent face à leur public de bien des épisodes, parfois jusqu’aux plus croustillants. Et les gazettes s’en réjouissent car cela fait prospérer leurs affaires.

La vie amoureuse des chefs d’état a, de tous temps, nourri les conversations :  depuis Henri IV, peut-être même bien au delà de lui, mais plus certainement bien après chez nos capétiens ou chez Bonaparte, jusqu’à nos honorables et plus contemporains Présidents de la République - dont François Mitterrand n’a pas fait exception, loin de là - Nicolas Sarkozy ne sera vraisemblablement pas le dernier à alimenter les rumeurs.

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lundi, 19 avril 2010

À PROPOS DU VATICAN ET DE LA PÉDOPHILIE

BILLET du 19 AVRIL 2010

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Depuis des mois, le Vatican et l’Église catholique sont secoués par le scandale des prêtres pédophiles.

Jusqu’où ira l’onde de choc ? L’héritage de Benoît XVI, celui - peut-être aussi ? - de Jean-Paul II, sont-ils aujourd’hui en question ?

Les fidèles ne comprennent pas en effet que certains prêtres aient abusé d’enfants, alors que l’Église s’emploie à leur faire la morale, condamnant sans appel l’avortement, la contraception, le préservatif et l’homosexualité.

DES AFFAIRES BIEN DISSIMULÉES

Ce qui choque, tant les fidèles que les observateurs agnostiques, c’est bien la pédophilie en elle-même. Mais ce qui choque encore plus, c’est que, pendant des décennies, Rome et nombre d’évêques ont dissimulé ces affaires en laissant des prêtres continuer de massacrer des enfants, alors qu’ils savaient leurs mœurs condamnables, préférant éviter, par leur silence, de créer un scandale public. Cette peur du scandale a donc conduit ces prélats jusqu’au mensonge. Et l’Église a couvert pudiquement le tout.

Aujourd’hui, ce fardeau retombe de tout son poids sur les épaules de Benoît XVI.

Quelque reproche qu’on puisse, par ailleurs, faire à ce dernier sur certaines de ses prises de position ecclésiales, qu’on en soit d’accord ou pas avec lui, je suis quelque peu scandalisé par la manière dont on tombe sur ce malheureux pape. Comme s’il était lui-même pédophile !

Le pauvre n’y est pour rien. Tout au contraire, objectivement, il a plutôt bien fait son travail sur ce sujet, mieux que ses prédécesseurs : il a, enfin, joué la carte de la transparence, là où, auparavant, tout était secret d’alcôves.

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lundi, 22 mars 2010

À PROPOS DE LA 3ème VOIE....

BILLET du 22 MARS 2010

....OU ANALYSE D’UN SCRUTIN

Le second tour des élections régionales - ce 21 Mars 2010 - ne laisse personne indifférent.

D’aucuns souligneront d’abord, avec un étonnement feint, le retour en force du Front National : c’est ce qui marque sans doute le plus les esprits parce que cela dérange tous les partis politiques, quels qu’ils soient, y compris, bien sur, celui dit “majoritaire” qui prétendait l’avoir éradiqué définitivement du paysage français. Mais ses idées ont fait, depuis 10 ans, leur chemin, tant à droite qu'à gauche, et ce parti n'est plus l'épouvantail qu'il était il y a dix ans. Débat sur "l'identité nationale" oblige vraisemblablement aussi.

Cependant, ce scrutin appelle aussi d’autres enseignements, plus intéressants.

 

LE RETOUR EN FORCE D'UNE NOUVELLE GAUCHE

En prélude, le fait marquant de ce second tour est bien le retour en force d’une certaine nouvelle gauche devenue majoritaire. Il n’y a, à ce propos, aucune ambiguïté, aucune contestation possibles.

Nouvelle gauche, car c’est une nouvelle et vaste alliance rose-verte-rouge, et non plus celle plus concentrée autour du PS comme dans le programme commun mitterrandien. Mme Aubry a été bien inspirée d'avoir le triomphe modeste le soir du 2ème tour car la distribution des cartes a bien changé depuis 1981. Mais une gauche majoritaire quand même, avec plus de 54% des suffrages. Mais ceci, surtout, au détriment des partis dits "de droite" comme cela fait près de 30 ans qu’on ne l’avait vu, avec leurs 35% de voix. Un précédent historique dans la Vème République.

Enfin, autre fait marquant, c’est le taux d’abstention : 49%. Tous le déplorent à l’unisson. Avec raison.

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mercredi, 03 mars 2010

À PROPOS DES LIBERTÉS PUBLIQUES

BILLET du 3 MARS 2010

L’Assemblée Nationale a voté une nouvelle loi - une de plus ! - sur la sécurité intérieure. Vote intervenant alors que nous étions en pleine polémique sur la pratique des gardes à vue, outre aussi la contestation sur le code de procédure pénale, contestation entretenue tant à droite qu’à gauche. Polémique aussi autour de ces adolescents mineurs qu’on aurait récemment menottés et dont les médias ont fait grand état.

(Ce qui, je le précise pour ma part, ne me choque nullement, chacun sachant que nombre de “mineurs” sont des adolescents précocement majeurs et qu’il faut bien les traiter désormais comme tels).

La question abordée ici est donc de savoir si la France est devenue ou non un pays liberticide.

Pour ôter tout caractère polémique à cette question, soyons clairs : si nos libertés sont (ou seraient) aujourd’hui bafouées, le fait n’est pas nouveau. Le pouvoir actuel n’en est pas le principal responsable. Sauf cette introduction récente d’une certaine “culture du résultat”, chère à Mr Sarkozy, et qui, peut-être, a pu accentuer davantage des habitudes déjà fort dégradées.

LA "PATRIE DES DROITS DE L'HOMME" ?

Si on s’en réfère donc aux statistiques publiées sur le sujet, le résultat n’est pas du tout flatteur pour la “Patrie des Droits de l’Homme” : la France est maintenant passée au 53ème rang des pays à propos du respect dans sa législation des Droits de l’Homme. La honte !

Il est vrai que le nombre des gardes à vue - pour parler ici particulièrement d’elles - a, lui, triplé ces dernières années : il avoisine maintenant le chiffre des 900.000 par an (dont plus de 200.000 pour les seuls contrevenants au Code de la route). Alors que notre voisin allemand, avec une population très supérieure à la nôtre, en dénombrait (en 2008) un total à peine supérieur à 60.000. Les allemands seraient-ils plus laxistes que les français ? On peut en douter.

menottes.jpg La comparaison est donc brutale. En plus, la Cour Européenne des Droits de l’Homme a récemment fustigé la France pour son refus d’accorder aux “contrevenants supposés” la présence d’un avocat dès le 1er interrogatoire : mais notre code de procédure date de 1958 et rien n’y est prévu pour garantir ce droit fondamental. En plus, la Police freine souvent pour qu’on n’y change quoique ce soit.

Il faut ajouter à cela le côté devenu ridicule de nos modifications chroniques en matière de législation sécuritaire : dès lors que, quelque part, un nouveau fait divers surgit, on rajoute un article de plus à la loi existante, loi déjà complexe ! Le résultat ? L’insécurité en France n’a pas baissé pour autant et les observateurs parlent aujourd’hui très ouvertement d’échec patent.

Nos gardes à vue ont donc triplé. Serait-ce parce que la délinquance aurait, elle aussi, triplé ? Pas du tout !

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