mercredi, 03 mars 2010
À PROPOS DES LIBERTÉS PUBLIQUES
BILLET du 3 MARS 2010
L’Assemblée Nationale a voté une nouvelle loi - une de plus ! - sur la sécurité intérieure. Vote intervenant alors que nous étions en pleine polémique sur la pratique des gardes à vue, outre aussi la contestation sur le code de procédure pénale, contestation entretenue tant à droite qu’à gauche. Polémique aussi autour de ces adolescents mineurs qu’on aurait récemment menottés et dont les médias ont fait grand état.
(Ce qui, je le précise pour ma part, ne me choque nullement, chacun sachant que nombre de “mineurs” sont des adolescents précocement majeurs et qu’il faut bien les traiter désormais comme tels).
La question abordée ici est donc de savoir si la France est devenue ou non un pays liberticide.
Pour ôter tout caractère polémique à cette question, soyons clairs : si nos libertés sont (ou seraient) aujourd’hui bafouées, le fait n’est pas nouveau. Le pouvoir actuel n’en est pas le principal responsable. Sauf cette introduction récente d’une certaine “culture du résultat”, chère à Mr Sarkozy, et qui, peut-être, a pu accentuer davantage des habitudes déjà fort dégradées.
LA "PATRIE DES DROITS DE L'HOMME" ?
Si on s’en réfère donc aux statistiques publiées sur le sujet, le résultat n’est pas du tout flatteur pour la “Patrie des Droits de l’Homme” : la France est maintenant passée au 53ème rang des pays à propos du respect dans sa législation des Droits de l’Homme. La honte !
Il est vrai que le nombre des gardes à vue - pour parler ici particulièrement d’elles - a, lui, triplé ces dernières années : il avoisine maintenant le chiffre des 900.000 par an (dont plus de 200.000 pour les seuls contrevenants au Code de la route). Alors que notre voisin allemand, avec une population très supérieure à la nôtre, en dénombrait (en 2008) un total à peine supérieur à 60.000. Les allemands seraient-ils plus laxistes que les français ? On peut en douter.
La comparaison est donc brutale. En plus, la Cour Européenne des Droits de l’Homme a récemment fustigé la France pour son refus d’accorder aux “contrevenants supposés” la présence d’un avocat dès le 1er interrogatoire : mais notre code de procédure date de 1958 et rien n’y est prévu pour garantir ce droit fondamental. En plus, la Police freine souvent pour qu’on n’y change quoique ce soit.
Il faut ajouter à cela le côté devenu ridicule de nos modifications chroniques en matière de législation sécuritaire : dès lors que, quelque part, un nouveau fait divers surgit, on rajoute un article de plus à la loi existante, loi déjà complexe ! Le résultat ? L’insécurité en France n’a pas baissé pour autant et les observateurs parlent aujourd’hui très ouvertement d’échec patent.
Nos gardes à vue ont donc triplé. Serait-ce parce que la délinquance aurait, elle aussi, triplé ? Pas du tout !
UNE SUBSTITUTION DE RÔLES
La cause ? C’est tout simplement que la police joue aujourd’hui un rôle qui n’est plus du tout le sien : elle se sert de la garde à vue pour punir préventivement des délinquants supposés avant même qu’ils n’aient été jugés coupables. Et elle le fait, hélas de surcroît, dans des conditions gravement dégradantes.
Notre garde à vue “à la française” apparaît donc aujourd’hui comme un régime confus, complexe et porteur de nombreuses dérives.
Il est vrai que son contenu n'a jamais été clairement défini. La loi est restée très ambiguë sur son objet réel : la garde à vue est maintenant devenue principalement un “interrogatoire”. En sus, la loi est devenue un peu plus confuse encore en se complexifiant par l'instauration de nouveaux régimes particuliers : terrorisme, trafic de drogue, etc....
La garde à vue “à la française” facilite donc, surtout, la “culture de l'aveu” : elle empiète désormais totalement sur la phase, pourtant nécessaire, de l’investigation. C’est une substitution de rôles.
Mais, fait plus grave encore, la garde à vue aboutit souvent à forger une “vérité policière” qu’il sera ensuite difficile de contester et qui pèsera fort lourd sur la phase judiciaire en devenant “LA” vérité judiciaire. Et il faut déplorer, hélas dans ce domaine, que l’impartialité policière est (très) souvent prise en grave défaut : en lui faisant jouer un rôle qui n’est pas le sien, c’était inévitable.
Nous sommes donc en pleine dérive : ce n'est pas polémiquer que de le constater. En sus, l’inflation galopante de ces gardes à vue a abouti à la dégradation des locaux prévus pour cette procédure, des geôles devenues immondes à force de ne plus se désemplir : elles sont aujourd'hui devenues gravement non conformes aux exigences du respect de la dignité des personnes, quelles qu’elles soient, présumées coupables ou innocentes.
Une réforme est donc devenue urgente. Il semble - enfin ! - que nos actuels gouvernants y songent. Pourvu qu’elle remette les choses bien à plat et ne se contente pas de quelques "mesurettes".
RECENTRER LES MISSIONS
Il convient en effet, pour éviter ces dérives insidieuses, de recentrer la garde à vue sur son objet initial. Pour cela il faut innover et en revenir à ses sources : la garde à vue doit, principalement, déceler l'existence éventuelle d'indices faisant présumer qu'une personne a commis, ou a tenté de commettre, une infraction. Pas de la punir préventivement.
Lorsque nos gardes à vue seront ainsi recadrées (on peut l’espérer), ce devrait être désormais la mission d’un juge - et non plus celle d’un officier de police judiciaire - de mener l'interrogatoire par lui-même, et ce au cours d'un véritable débat judiciaire contradictoire dans le respect des droits de chacun.
En revenant ainsi aux fondamentaux et en instaurant un véritable “habeas corpus”, la France redeviendrait alors exemplaire et n’aurait plus à rougir de son appareil judiciaire.
LA POLICE ET LES CITOYENS
Pourtant, loin de moi de vouloir crier “haro” sur la Police : ce corps mérite toute notre estime tant ce métier est maintenant devenu difficile.
La police, c’est quoi d’abord ? Prioritairement, elle est faite pour être au service de la population et la protéger. Mais, aujourd'hui, quand un citoyen rentre dans un commissariat, il se trouve trop souvent placé insidieusement en situation de "suspect potentiel". Et le citoyen a désormais peur de la police : celle-ci a perdu une grande part de sa confiance.
C’est une situation anormale dans une démocratie.
Pour exemple encore, quand la police intervient pour un banal fait délictueux sur la voie publique, la population prend désormais le plus souvent fait et cause pour le délinquant. C’est grave.
On peut certes comprendre que, pour certains policiers qui doivent agir, notamment dans des quartiers “sensibles”, il peut être frustrant de ne pouvoir remettre de l’ordre, notamment chez des “mineurs” que la loi défend à outrance sans considération de leur précocité réelle. Surtout quand les parents ont démissionné de toute autorité. Il est normal, alors, que la Loi se substitue à l’autorité parentale lorsque celle-ci est défaillante. Mais la Loi, avant que la Justice en prenne le relais, c’est bien la police qui l’incarne dans la première phase de l'action. Et qu’alors certains policiers soient tentés de “punir” par une “bonne” garde à vue, on peut le comprendre. Même si c’est un excès au sens strict du droit.
Ce sont donc des réflexes profonds qui, inconsciemment, se sont établis de part et d’autre. Héritage peut-être d’une longue histoire où l’on a conduit trop souvent la police à remplir des missions supplétives à d’autres pouvoirs, missions qui n’étaient fondamentalement pas les siennes. D’où, peut-être, cette lente dégradation des rapports entre la police et les citoyens. Et ces comportements réciproques qu’elle a entraînés.
L'AUTORITÉ ET LE CITOYEN
Il n’y a d’ailleurs pas que la police à être victime de cette dégradation : il y a ces conducteurs de bus qu’on agresse, ces pompiers, ces ambulances, ces médecins qu’on caillasse quand ils pénètrent dans certaines banlieues. En fait, aux yeux de certaines populations, tous ces représentants du droit incarnent une part de l’autorité, autorité qu’on rejette et dont on a perdu le sens de sa mission d’origine, c’est-à-dire être au service de la population, l’assister dans son quotidien, la protéger, la secourir.
Faut-il donc incriminer cette perte de sens à ces seules dérives que je dénonce plus haut ? Certainement pas. Mais toute dérive entraîne inévitablement d’autres dérives.
C’est un cercle vicieux qu’il est devenu urgent de rompre exemplairement pour changer les esprits, les réflexes et les mentalités de tous.
C’est un devoir républicain d'une liberté qu'on doit restaurer.

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mercredi, 10 février 2010
À PROPOS DU DISCOURS DE DAVOS

BILLET du 10 FÉVRIER 2010
Mr Sarkozy a fait à Davos un passage éclair, tout juste le temps de faire son exposé devant le gotha de la finance et des milieux économiques. Sitôt dit, sitôt reparti : les médias n’ont même pas eu le temps de rebondir, et le tout est resté fort discret dans l’opinion publique.
Mais les phrases prononcées n’ont pas laissé indifférents ceux qui les ont entendues. Elles en ont même Interpellé beaucoup. Pourquoi ?l
LE VIRAGE À 180° DU PRÉSIDENT
Ce discours confirme en effet ce que bien des observateurs décelaient depuis quelques mois, à savoir le virage à 180° du nouveau langage économique de Mr Sarkozy. Par rapport, évidemment, à celui qu’il tenait lors de sa campagne de 2007.
Ce n’est pas sans rappeler le virage effectué déjà par François Mitterrand en 1983 lorsque celui-ci, confronté à une situation économique désastreuse - et à laquelle il avait puissamment contribué par des largesses inconsidérées - a tourné complètement le dos à sa politique de “distribution générale”, instaurant soudain, au risque de déboussoler son propre électorat, un régime de rigueur impitoyable dont nul ne croyait le retour possible.
Puisque changement de cap il y a bien dans la bouche de Mr Sarkozy, pourquoi donc lui-même et son gouvernement ne cherchent-ils pas à le thématiser publiquement ? Ils auraient pu prendre, pour s’en excuser, le prétexte de l’arrivée d’une crise d’une ampleur sans précédent qui a bouleversé toute la donne par rapport à 2007. Mais pourquoi assumer ce changement en catimini ? A-t-on peur de dire la vérité aux français et d’en leur expliquer les raisons ?
On peut avoir, bien sur, des points de désaccord sur les choix économiques de Mr Sarkozy. Mais on peut toujours en discuter sur le fond.
POURQUOI EN CATIMINI ?
Pourquoi donc ce refus d’aborder ces sujets de plein fouet ? Surtout quand bien de ces choix ne sont nullement liés à la crise elle-même. Comme le démontre d’ailleurs le testament (post-mortem) de Mr Seguin au travers de son impitoyable rapport annuel de la Cour des Comptes qui vient de paraître.
Quand, par exemple, Mr Sarkozy dit, dans un discours, qu’il faut “régulariser” tous les contractuels, nous savons bien que cela est totalement irréalisable. Et même parfaitement démagogique : c’est un discours que ne renierait aucun tribun de gauche, tout en n’ignorant rien lui-même de la dure réalité des faits. Çà n’a aucun sens.
Quand encore Mr Sarkozy dit que les voitures vendues en France doivent être fabriquées en France, c’est une énorme bévue. Çà n’a non plus aucun sens. Il n’est pas en effet du pouvoir du patron de Renault de changer les règles de la concurrence mondiale. Que cherche Mr Sarkozy ? Que Renault subisse à terme le même sort que General Motors et qu’il soit contraint à son tour de mettre la clef sous la porte ? Folie que de prononcer de telles âneries !
LE "SARKO" INTERVENTIONISTE
S’il y a donc aujourd’hui nécessité de changer de cap par rapport aux promesses de 2007, qu’on l’explique aux français ! Si on doit passer de “sarko l’américain”, “sarko le libéral”, c'est-à-dire le Sarkozy de 2007, à, aujourd’hui, un “sarko anti-américain”, un “sarko anti-libéral”, un “sarko régulateur”, un “sarko interventionniste”, il faut le dire. Et dire pourquoi.
On sent bien que, dans cet exercice, s’accroît davantage encore le décalage abyssal qui existait déjà précédemment entre le long terme de la politique suivie et les préoccupations quotidiennes des français.
À Davos, on a donc entendu Mr Sarkozy dire des choses singulières, surtout venant de sa part. Dans le genre : “C’est notre vision du monde qui a été défaillante”. Puis aussi : “La mondialisation a dérapé à partir du moment où il a été admis que le marché avait toujours raison”. Puis encore : “On a déréglementé la finance pour pouvoir financer plus facilement les déficits de ceux qui consomment trop avec les excédents de ceux qui ne consommaient pas assez”.
Ce sont là des thèmes altermondialistes ! Blum, Mitterrand ou Jaurès, s’ils étaient toujours de ce monde, auraient applaudi à tout rompre. Même aujourd’hui un Besancenot doit rester pantois....
Que penser donc de déclarations aussi surprenantes ?
Je crois, quant à moi, qu’il est fort à craindre que ce “virage à gauche” du Président soit beaucoup plus verbal que réel. Voire insincère. Même si j’utilise ici ce mot avec prudence. Disons tacticien. Pourquoi ?
DU DISCOURS À LA PRATIQUE
Il suffit pour cela de voir l’écart considérable - “abyssal” disais-je plus haut - entre le discours et la pratique. Même si, dans les faits, le Président a largement initié le “G20”, instance internationale qui prétend jouer désormais un rôle “régulateur” dans les affaires du monde, rôle où il cumule d’ailleurs certains échecs cuisants, notamment face aux pratiques financières.
Mais, par ailleurs et par exemple, prenons la pratique fiscale de Mr Sarkozy : depuis son élection, sa pratique est celle d’une politique de droite, comme rarement la droite elle-même a osé la mettre en pratique depuis des décennies. Même si, de-ci de-là, il y a eu quelques concessions vers certaines couches “populaires”. Mais, depuis le “bouclier fiscal”....
PLUS DE DISCOURS LIBÉRAL POSSIBLE ?
On peut donc, à la limite et pour expliquer ce discours, supputer que Mr Sarkozy - dont chacun peut reconnaître un certain pragmatisme politique - a réalisé que le discours libéral pur n’est plus aujourd’hui praticable. Il a probablement réalisé que tenir demain, dans une nouvelle campagne électorale, le même discours que celui qu’il tenait avant 2008 - et qui lui a alors permis d’être élu - serait, demain, le condamner à être battu. Parce qu’il est vrai, qu’entre temps, la situation a changé la donne et remodelé les esprits.
(Je le dis ici, même si je n’ignore pas que certains tiennent un discours inverse, c’est-à-dire qu’ils affirment qu’il faut aujourd’hui tenir plus que jamais un discours ultra-libéral. Mais ce n’est pas là ma conviction)
LES CHOIX ÉCONOMIQUES
Ce qui ne m’empêche pas d’avoir des désaccords profonds avec les choix économiques de Mr Sarkozy. Notamment en ce qui concerne le déficit public. La question du déficit interpelle effectivement les théories libérales. Elle concerne non seulement la réduction des dépenses mais celle aussi des recettes de l’État. D’où, notamment, mon désaccord avec le “grand emprunt” qui aggrave encore notre endettement, donc nos charges d'intérêts à payer, même s’il sera (?) consacré à des investissements productifs. Mon désaccord aussi avec la diminution de la TVA sur la restauration (dont l’effet pratique est quasi nul, même si c’était une très ancienne promesse parfaitement justifiée). D’où mon désaccord encore avec la suppression de la publicité à la télévision, quoique celle-ci m’exaspère comme nombre de français. Ces mesures coûteront en effet chaque année des milliards d’euros supplémentaires et ne font qu’aggraver un peu plus notre déficit. Elles sont, en cette période où il faut “serrer tous les boulons” tout-à-fait inopportunes.
Mais ceci est un tout autre débat qui mériterait d’être approfondi dans une autre rubrique. Je ne le ferai donc pas ici.
Je me proposais, ici donc, de vous parler du discours de Davos. Qu’on en soit d’accord ou pas, il nous interpelle.
Pourquoi ce virage ? Pourquoi en demi-teinte et s’en cacher ? Et comment passer de la parole aux actes ?
Le chemin parait fort chaotique. Il l'est !
19:25 Publié dans BILLETS 2010 | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : udf, mouvement démocrate, bayrou, politique, débats de société
mardi, 02 février 2010
À PROPOS DE L'AFFAIRE DE VILLEPIN
BILLET du 2 FÉVRIER 2010
Il y aura donc un nouveau procès Clearstream : après que Mr De Villepin ait, la veille, obtenu sa relaxe, le parquet a aussitôt fait appel de ce jugement.
Le parquet, chacun le sait, étant entre les mains du Garde des Sceaux, lequel ne prend ses ordres que du Président de la République, il n’est pas douteux que cet appel est bien issu de la main même du chef de l’État, quoique certains disent.
UNE GRAVE ERREUR
Je pense que Mr Sarkozy commet là une grave erreur contre lui-même en mettant à nouveau Mr De Villepin dans une position de victime. Celui-ci adore çà et cela lui réussit jusqu’ici fort bien.
Cette “affaire De Villepin" nous conduit à nous poser trois axes de réflexion :
• en premier aspect, il y a d’abord la question de la Justice. Le jour où le jugement de relaxe a été prononcé, les partisans de Mr De Villepin pavoisaient en expliquant que la Justice était vraiment indépendante. Et le lendemain, quand cet appel a été rendu public, les mêmes protestaient contre la subordination du parquet au pouvoir. Ceci nous introduit dans l’actualité d’un débat qui va nous occuper tout au long de l’année, à savoir la réforme de la Justice, son statut et son vrai pouvoir, aujourd’hui contestable, d’autonomie et d’indépendance.
• le second aspect, qui ne manque pas d’intérêt pour ceux qui ont la veine romanesque, c’est cette haine qui n’a cessé de se développer - et que chaque péripétie nourrit davantage - entre deux personnalités de premier plan : un ex-Premier Ministre et un des membres de son gouvernement, devenu depuis Président de la République, quoiqu’appartenant tous deux toujours à la même famille politique.
L’on observe généralement que les haines entre des personnes appartenant à des partis politiques opposés sont davantage extériorisées ou matérialisées par leurs idéologies. Mais ici, dans ce cas, elles relèvent de la seule psychologie et de l’ambition de deux personnalités, de deux styles d’hommes si différents l’un de l’autre.
• le troisième aspect est évidemment l’avenir de Mr De Villepin. Celui-ci, sous l’effet de cet appel, vient de marquer un point considérable. Et c’est maintenant Mr Sarkozy qui, lui, est dans une mauvaise passe : depuis l’affaire de son fils (qui ambitionnait la présidence de l’EPAD), Mr Sarkozy est frappé par une série de péripéties dans lesquelles il a été désavoué, pas seulement par l’opinion ou par ses adversaires, mais par ses propres partisans. Tout se passe désormais comme s’il y avait un soulèvement des institutions contre le Président lui-même, y compris de celles réputées favorables, comme au Parlement avec l‘action de Mr Copé, mais aussi au Conseil Constitutionnel (où il n’a pas que des amis !) avec le rejet de la taxe carbone, et maintenant la Justice qui se révolte depuis la réforme imposée au forceps par Mme Rachida Dati. Et les juges du siège sont désormais “vent debout” contre Mr Sarkozy.
UNE AFFAIRE JURIDIQUE ET POLITIQUE
Donc cette “affaire” Clearstream pose, à la fois, une question juridique et une autre politique.
Sur le plan juridique, j’entendais, (lors d’un débat télévisé suivant immédiatement l’annonce de la relaxe de Mr De Villepin), l’un de nos meilleurs constitutionnalistes - Olivier Duhamel - déclarer que celle-ci était l’une des plus grandes victoires pour l’indépendance de la Justice face aux pressions majeures venant de l’Élysée. On sait aujourd’hui, après l’annonce de l’appel, que cette analyse se renverse totalement : la Justice est bien “aux ordres” du pouvoir par procureurs interposés qui, évidemment, ne prennent pas semblable décision sans avoir consulté préalablement qui l’on sait.
Il y a donc désormais une justice indépendante - celle des juges du siège - et une autre totalement soumise au pouvoir, celle du parquet.
Sur le plan politique, cet appel est le plus beau cadeau qu’on pouvait donc faire à Mr De Villepin : il le remet totalement en selle. Même si on ne peut ignorer que, derrière l’homme politique et public, il y a aussi une famille qui est exposée et qui souffre (depuis cinq ans déjà) dans son affectivité. Mais le meilleur atout de Mr De Villepin, c’est qu’il se pose désormais en victime du sarkozysme.
UN ESPACE POLITIQUE CONSIDÉRABLE. MAIS...
Cela ouvre À Mr De Villepin un espace politique considérable. Mais sa marge de manœuvre reste cependant très étroite, même s’il peut, aux prochaines élections, faire perdre Mr Sarkozy. Il a en effet un positionnement proche de celui de Mr Bayrou, c’est-à-dire celui d’un républicain de droite anti-sarkozyste, quand Mr Bayrou, lui, est un républicain du centre tout autant anti-sarkozyste. Mais, pour Mr De Villepin, c’est sans pouvoir gagner pour autant, car cela l’entraîne de faire perdre son propre camp sans pouvoir le conquérir pour autant.
Ceci rappelle un peu l’épisode que l’on sait de Jean-Pierre Chevènement face à Lionel Jospin. On sait la suite que cela a donné.
Le combat entre Mr De Villepin et Mr Sarkozy se situe aussi pour s’attribuer à tour de rôle le statut de "victime" de l’autre. On a même vu un Président de la République se porter partie civile : du jamais vu dans l’histoire de la République alors qu’il a tout pouvoir sur le parquet comme chacun sait. Où est la vraie victime dans cette confusion des genres ?
QUELLES CONSÉQUENCES ?
Quelles conséquences politiques prévisibles à terme ?
Il y a donc désormais, dans le camp des anti-sarkozystes, une sorte d’embouteillage autour du centre de la scène politique qui rend les prochaines échéances électorales peu lisibles.
(Je ne parle pas ici des régionales de Mars 2010 qui, vraisemblablement, sont déjà perdues pour la droite : il y a deux mois, il y avait 10 points d’écart entre l’UMP et le P.S., aujourd’hui ils sont à égalité. Mais l’UMP n’a plus aucune réserve pour le second tour. Il y avait autrefois un centre pour sauver les meubles. Mais aujourd’hui le centre se résume à un “Nouveau Centre” qui n’a de centre que le nom puisqu’il est déjà fondu de fait dans l’UMP, et Bayrou qui, lui, assène son incompatibilité avec le sarkozysme. Mais, de manière générale, le centrisme qui, autrefois, penchait systématiquement vers la droite, penche désormais vers la gauche, y compris hors l’électorat de Mr Bayrou)
La carte donc à jouer pour Mr De Villepin est sensiblement la même que celle de Mr Bayrou. Son positionnement est de jouer, comme lui, la carte du “républicanisme” contre, d’un côté, le libéralisme américain et, de l’autre, le socialisme “archéo”.
Au centre l’on trouve donc désormais un centre droit “républicain” qu’incarne Mr De Villepin, et un autre centre, lui aussi “républicain”, mais plus “ouvert” que le premier et incarné par Mr Bayrou.
Le débat n’est donc pas prêt d’être clos. Et 2012, c’est encore loin. Très loin.
L’eau continue de couler sous les ponts, entraînant avec elle ses sédiments menant vers de nouveaux rivages.
13:17 Publié dans BILLETS 2010 | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : udf, mouvement démocrate, bayrou, politique, débats de société
mercredi, 27 janvier 2010
À PROPOS DE L'ISLAM ET LA RÉPUBLIQUE
BILLET du 27 JANVIER 2010
Je n’ai pas connaissance qu’une seule fois mal poser un problème ait pu contribuer à le résoudre.
Le débat initié par Mrs Nicolas SARKOZY et Éric BESSON sur l’identité nationale a été, à sa base, mal posé. Il se révèle de jour en jour inutile et absurde. Je l’avais déjà dit ici. Il se retourne aujourd’hui contre leurs auteurs.
UN DÉBAT MAL POSÉ
Il eut été préférable, par exemple, d’ouvrir à la place un débat sur la mise en forme d’un grand service civique et savoir ce qui devait figurer dans l’instruction des jeunes adultes. Çà, çà aurait eu un sens. Mais ouvrir un débat quand il n’y a rien derrière - hormis une élection en vue - les français, qui ne sont pas idiots, pensent que c’est un débat électoraliste. Et tout s’effondre de lui-même. Pis, ce débat tourne à quelque chose de dangereux : le procès de l’Islam et de ses rapports avec la République.
L’on s’est inventé en cette occasion et à souhait des problèmes avec l’identité nationale. Or elle n’a jamais été un vrai problème dans la société française.
UN ISLAM BIEN INTÉGRÉ
Et puisque cela retombe aujourd’hui, comme c’était prévisible, sur l’Islam de France, il faut préciser et rendre à celui-ci cette justice que, contrairement à ce qu’on lit ici ou là, l’Islam de France s’est fort bien intégré dans la société française. Cette intégration est même une remarquable réussite de la République.
Évidemment, on peut encore progresser, notamment dans les banlieues. Mais, dans l’ensemble, le modèle républicain a bien fonctionné. Et là où il ne fonctionne pas tout-à-fait comme il faut, c’est précisément parce qu’on n’applique qu’insuffisamment ce modèle.
Je suis personnellement hostile aux stratégies de discrimination positive alors qu’il suffit tout simplement d’appliquer les lois de la République. Et, en France, il faut constater que, quand on les applique, çà marche plutôt bien.
Est-il nécessaire de préciser que si la République doit reconnaître l’Islam, il est tout aussi indispensable que l’Islam se doit de reconnaître la République ?
Mais tant qu’il n’y aura pas en France une levée de boucliers de ceux qui, parmi les musulmans authentiques, ont une voix qui porte dans la cité - par exemple leurs grands théologiens, leurs intellectuels ou tous ceux qui ont la possibilité de se faire entendre - tant qu’il n’y aura pas un consensus des communautés musulmanes pour s’élever, par exemple encore, contre les fatwas qui se permettent de condamner sans défense n’importe quel individu pour une opinion qu'il exprime, contre le voile intégral, contre les excès de l’islamisme terroriste, tant que cela ne sera pas, il pèsera toujours un soupçon sur l’Islam.
QUE LES MUSULMANS S'EXPRIMENT
Il faut absolument que les musulmans s’expriment clairement contre cet islamisme qui mine sournoisement leur religion. Et c’est d’abord aux musulmans de se faire entendre. Cela contribuerait grandement à dépassionner le rapport de la République à l’Islam.
On le voit ici : notre débat sur l’identité nationale a donc été mal posé. Il n’y a rien de choquant ni de scandaleux à parler d’unité nationale, pas plus que d’identité nationale. Sans même rappeler tous les grands humanistes qui se sont déjà exprimé sur le sujet, je le rappelais dans un précédent billet. Mais ceci à la condition de ne pas instrumentaliser ce débat. Or nous sommes actuellement en pleine période préélectorale. Il nous faut donc veiller avec soin à ne pas le ramener à un déballage sur les rapports de la République avec l’Islam.
IDENTITÉ NATIONALE ou UNITÉ NATIONALE ?
Il est aussi normal que, lorsqu’on se pose la question de l’identité nationale, celle de l’immigration prenne le pas sur tout autre sujet. En effet le problème de l’identité c’est bien celui de la fusion progressive qui doit avoir lieu, dans toute société, à tout moment, entre les populations en place depuis longtemps et celles qui arrivent d’ailleurs, issues d’autres cultures ou d’autres continents. Et il n’y a rien de scandaleux d’évoquer ce problème, le vrai : celui de l’immigration.
Mais il est scandaleux et intolérable d’identifier l’immigration à l’Islam.
D’abord tous les immigrés ne sont pas musulmans : nous constatons aujourd’hui des immigrations sans cesse croissantes issues, notamment, de l’Europe de l’Est, celles de populations de religion orthodoxe, ou d’autres encore parfaitement athées. Ensuite, même pour les pays de culture islamique, identifier tout arrivant à l’Islam, c’est tomber dans le piège et faire le jeu de cet islamisme qui pourrit tout.
Ce débat sur l’identité aboutit donc à une sorte de panique générale où les uns et les autres, y compris dans les rangs des politiques de tous bords, essayent de tirer leur épingle du jeu. Mme ALLIOT MARIE, Garde des Sceaux, a même admis récemment que le problème était moins celui de l’identité que celui de l’unité nationale. L’identité et l’unité nationales, ce n’est évidemment pas la même chose : l’identité est en effet un problème narcissique, un peu celui du serpent qui se mord la queue, alors que celui de l’unité est un problème qui se pose à chacun et à tout moment.
Même si donc le débat sur l’identité nationale peut passionner certains esprits ou quelques intellectuels en mal de réflexion, ce n’est surtout pas au “politique” qu’il appartient de le lancer. Surtout quand il n’y a pas derrière un projet concret, ou une loi en préparation. Le rôle d’un homme politique, c’est d’agir, pas de lancer des débats sans fondement, donc sans issue.
Mais, par ailleurs, on ne peut nier que la question du rapport de la République avec l’Islam se pose toujours avec une certaine acuité. Mais cette question ne peut être résolue que les intéressés eux-mêmes, c’est-à-dire les musulmans.
Plus on entendra la voix de musulmans se distinguer de l’islamisme, moins la confusion entre l’Islam - qui est une religion parfaitement respectable et qui a toute sa place dans notre société, y compris laïque - et l’islamisme - qui, lui, est l’utilisation politique et terroriste d’un prétendu Islam dans des visées purement de domination des individus et de la femme - cette confusion-là est et restera insupportable.
LA DICTATURE ISLAMISTE
Pourquoi donc cela ne se fait-il pas ? Pourquoi sont-ils si peu nombreux les musulmans à le faire ? Pourtant la majorité d’entr’eux, nous le savons, ne sont pas favorables à l’islamisme.
La raison de ce silence en est simple : ils ont peur face aux méthodes terroristes de ces islamistes.
C’est une véritable défaite de nos sociétés libérales - y compris en France - face au terrorisme qu’il incarne. Un bœuf se pose sur la langue de ceux qui voudraient bien s’exprimer sur ce problème, même s'il les concerne tous au premier plan et qu'il mérite d’être posé et discuté sereinement. Mais les intimidations se multiplient : toutes incitent à plus de haine. Certaines sont totalement inavouables tant elles atteignent l’odieux.
Donc, au risque de me répéter, ce débat sur l’identité nationale, j’allais dire cet inutile débat, loin de le résoudre, ne fait qu’attiser le problème. Les gens qui ont qualité pour s’exprimer sont tétanisés : ils se replient dans un silence prudent. Ils sont sous le joug de cette dictature impitoyable.
Le devoir de notre société, le devoir de nos dirigeants et des politiques, est donc d’aider les musulmans à se libérer de ce joug terroriste qui les enferme, joug déguisé sous le faux habit d’un Islam qu’il asservit à sa propre cause pour dominer leurs semblables et les exploiter à des fins inavouables.
Nous avons donc un devoir de solidarité vis-à-vis des musulmans authentiques. Et non pas d’exclusion.
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mercredi, 30 décembre 2009
À PROPOS D'ALBERT CAMUS
BILLET du 30 DÉCEMBRE 2009
Il y a cinquante ans disparaissait brutalement Albert Camus, Prix Nobel de littérature.
“L’étranger” et “La peste” restent deux de ses œuvres encore les plus lues actuellement à travers le monde entier.
Or voici, qu’inopinément, le Président Sarkozy annonce son intention de faire rentrer les cendres de cet écrivain au Panthéon. Et aussitôt de faire s’ouvrir une polémique : “faut-il ou ne faut-il pas qu’Albert Camus soit aux côtés des grandes gloires” que la France honore dans ce lieu prestigieux.
À titre de curiosité, et avant d’aborder le sujet sur le fond, je me suis livré à une consultation sur Internet pour savoir qui reposait déjà dans la crypte du Panthéon. Or - est-ce le fruit de mon inculture ? - j’ai du constater que la très grande majorité de ces “grandes gloires” - elles sont environ 75 - ne sont que d’illustres inconnus de la majorité des français. Étrange catalogue. Étrange paradoxe que voilà.
Il semble que la famille de Mr Camus ne soit pas tout-à-fait en harmonie avec ce projet : elle parle même de “contresens” et de “récupération”. On verra bientôt la suite qui sera donnée à ce projet. Mais ceci démontre déjà la différence de regard qu’on peut porter sur l’œuvre de cet écrivain.
Il est vrai que cette proposition soudaine émanant du Président de la République a de quoi surprendre. Mr Sarkozy n’est pas ce qu’on peut appeler un “camusien”, de loin s’en faut : il n’est pas, à ma connaissance, libertaire comme l’était Camus. Mais puisqu’il est de tradition que chaque Président fasse ainsi rentrer ainsi une nouvelle “gloire” au Panthéon, fallait-il qu’il propose à sa place quelqu’un comme Maurras, ou Daudet ?
Je suis pourtant, contrairement certains de mes amis, assez favorable à l’entrée d’Albert Camus au Panthéon. Pourquoi ?
UN DÉFENSEUR ARDENT DE LA DÉMOCRATIE
Camus a été l’un des rares écrivains français qui, pendant toute sa vie, a défendu la démocratie. Alors que la plupart de ses contemporains du XX° siècle ont été fascinés soit par le communisme, soit par le fascisme, si vous exceptez bien sur Mauriac, St John Perse ou Gide. La plupart des autres ont été fascinés surtout par des régimes autoritaires ou totalitaires : Camus a été, entre tous, l’un des rares démocrates.
Il faut remarquer qu’au Panthéon se trouvent presqu’exclusivement des “grands hommes” républicains. On n’y voit, peu ou pas, d’hommes de droite : on n’imagine pas un instant qu’on pourrait y trouver Claudel. Mauriac, peut-être à la rigueur, eut-il été à sa place ? Camus, lui, serait donc tout-à-fait “conforme” à cette tradition républicaine.
Il faut aussi remarquer que, sur la plupart des grands problèmes qui nous agitent actuellement, Camus a eu raison avant tout le monde. N’est-ce pas lui qui a disserté sur “l’étrange amertume des gens qui ont eu raison trop tôt” ? Le nucléaire avec la bombe quand chacun se réjouissait de Nagasaki, la peine de mort qu’il condamnait à contre-courant de l’opinion publique du moment, l’épuration où il a adopté une position très modérée, l’anti-colonialisme (contrairement à ce que certains ont dit de lui avec cette citation qu’il “préférait sa mère à la justice”, alors qu’il évoquait par là le terrorisme naissant et l’horreur des attentats qui n’avaient rien de justes), le totalitarisme, etc....
J’ai relu récemment “L’homme révolté”. Ce n’est peut-être pas un grand livre de philosophie. Mais, quand on sait qu’il a été écrit en 1950, il est réellement révolutionnaire. Il a été publié au moment où Sartre commençait à écrire sur le communisme et la paix, une des pires aberrations qui soient sur le plan intellectuel.
Je pense aussi, personnellement, que le meilleur livre de Camus - celui essentiel qu’il faut connaître - est “Le premier homme” : c’est une œuvre autobiographique qui décrit parfaitement sa trajectoire, celle depuis le milieu très modeste en Algérie dont il était originaire et qui l’a conduit jusqu’au Prix Nobel. Je préfère cet ouvrage à “La peste” ou à “L’étranger”, œuvres où on mélange, comme c’était fort à la mode, philosophie et littérature : je n’arrive plus du tout à les lire aujourd’hui. Ce ne sont pas, à mes yeux, de très grands livres.
NI STENDHAL, NI BALZAC,
NI PASCAL, NI DESCARTES
Camus n’est donc ni Stendhal, ni Balzac. Et il n’est pas non plus un très grand philosophe : il n’est ni Pascal, ni Descartes, ni même Bergson ou Sartre, ni non plus Alain.
Mais Camus a réussi à être un formidable écrivain populaire au sens le plus noble du terme. Il a réussi à toucher des millions de personnes dans le monde et à changer le regard qu’ils avaient sur la vie, et sur le monde qui les entourait. Camus a été un vrai social-démocrate. Et aussi, en même temps, un libertaire !
Dans les milieux intellectuels, bien avant beaucoup d’autres et pour qui connaît l’histoire de la pensée politique française, Camus est le premier intellectuel anti-totalitaire, tout en restant fidèle à sa famille de gauche. Çà exigeait alors, dans les années 50, un immense courage.
Avec un peu de condescendance, on entend parfois, ici ou là, que Camus serait un écrivain “pour classes de terminales”, ou “pour dictées” : mais c’est la gloire suprême, la consécration absolue ! Victor Hugo, lui aussi, est un écrivain pour faire vibrer les bancs des classes ! Victor Hugo mais aussi l’immense Mallarmé ! Quel plus bel hommage que voilà qu’on pouvait ainsi lui rendre !
Camus apparaît donc, au fil des années, comme quelqu’un de prophétique : sur tous les grands problèmes, comme je le disais déjà un peu plus haut, il a eu le sens du futur. Et même sur la nature, il a eu ce sens qui le rapproche beaucoup de l’écologie “raisonnable”, celle “amoureuse” et non pas celle “religieuse” avec tous ses fanatismes totalitaires. Un bon bol d’air pur.
Alors, Camus au Panthéon ? Pourquoi pas ? Même si mon modeste avis n’est pas en accord avec certains de mes amis que j’entends protester bruyamment.
Mais, même cette liberté que je prends ici, c’est du Camus !
18:10 Publié dans BILLETS 2009 | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : udf, mouvement démocrate, bayrou, débats de société, politique
VŒUX 2010

AVOIR CHAQUE JOUR LA VOLONTÉ
DE SE CHANGER SOI-MÊME AFIN
D’AIDER LE MONDE À SE CHANGER.
Tel est le vœu que je forme à votre adresse
et celle de chacun de vos proches pour 2010.
15:07 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
lundi, 30 novembre 2009
À PROPOS DE L'HYDRE EUROPÉENNE
BILLET du 30 NOVEMBRE 2009
Après des années de combats interminables, de tractations, de négociations, d’arbitrages et d’arrangements insondables de complexité, de scrutins contradictoires, voici que l’Europe de Lisbonne, après l’ultime scrutin irlandais et le dernier veto de la Tchéquie levé, est enfin née.
On serait tenté de pousser un “ouf !” de soulagement tant la cause paraissait parfois désespérée.
Et, aussitôt, les yeux de se tourner vers Bruxelles : le chemin était ouvert pour doter notre Europe d’une identité reconnue internationalement, d’une voix audible qui pourrait enfin s’exprimer en son nom.
UN PRÉSIDENT DE L'EUROPE ?
Quelle serait cette nouvelle autorité, ce nouveau visage qui l’incarnerait ? On évoquait même cette élection comme celle d’un “Président de l’Europe”, à l’image de ceux qui dirigent les grandes nations démocratiques qui comptent dans le monde. Et, ici, il ne s’agissait non plus d’une simple nation, mais d’un continent pesant plusieurs centaines de millions d’habitants, ayant même, pour beaucoup, une monnaie commune.
Après les inévitables tractations, les européens ont enfin appris le nom de leur nouveau Président (pour 30 mois) : il s’appelle Herman Van Rompuy. C’est l’actuel Premier Ministre belge. Et, en complément, pour diriger notre diplomatie européenne, est sortie le nom d’une baronne anglaise, Lady Catherine Ashton.
Les bras nous en tombent. Qu’est-ce c’est que ce galimatias de personnalités les plus inconnues les unes que les autres, tant des citoyens européens que de la scène politique internationale, pour représenter l’Europe et parler désormais en son nom ? On attendait au moins que sorte du chapeau un fringant lapin : il n’en est sorti qu’une timide souris, flanquée d’un souriceau.
Grotesque !
Même si le texte de Lisbonne en maintenait le principe, on croyait - innocemment ? - en l’émergence d’une personnalité forte et charismatique qui aurait eu, enfin, audience au dessus de ces présidents éphémères - au rythme de deux par an - qui font qu’actuellement l’Europe change de numéro de téléphone tous les six mois. Et d’orientation au même rythme.
UNE SINISTRE FARCE
On apprend parallèlement, pour mieux le connaître, que Mr Van Rompuy serait un homme “très intelligent”. Je n’en doute pas pour le principe. Et, pour preuve, on avance même qu’il faut l’être nécessairement pour demeurer Premier Ministre, plus que quelques mois, dans une Belgique déchirée par un communautarisme exacerbé d’un temps qu’on croyait révolu !
Je connais personnellement trop bien la Belgique - j’y ai de nombreux amis, racines flamandes obligent ! - pour me laisser conter quelques bonnes histoires belges qui, celles-ci, ne font pas rire du tout.
Je ne peux pas ignorer que Mr Van Rompuy, catholique traditionaliste pratiquant, dit “libéral”, a l’habileté - puisque c’est la qualité qu’on salue en premier chez lui pour justifier ce choix - de calmer le communautarisme flamingant en faisant prendre des mesures discriminatoires pour exclure les francophones de Flandre, en les privant des droits dont ils disposaient en matière d’éducation ou de justice, en imposant même des restrictions sur leur liberté de circulation et d’établissement, au détriment même des règles européennes !
C’est çà le manteau d’habileté dont on veut recouvrir l’Europe dans nos relations internationales ?

Et, pour compléter ce tableau (on pourrait dire cette caricature !), on a donc choisi, pour gérer notre diplomatie européenne, une baronne anglaise - dont on souligne malignement qu’elle serait une baronne “rouge” (avec des affinités de gauche) - donc une personne (anoblie) qui fait bien partie de l’establishement anglais, le pays le plus anti-européen et le plus atlantiste qui soit ! De surcroît, elle n'a jamais été élue et elle est dénuée de toute compétence ou d'expérience diplomatique !
Comprenne qui pourra !
UNE HABILETÉ SUBTILEMENT ORGANISÉE ?
En fait, je crois, au-delà des apparences, que l’habileté dans cet étrange choix est peut-être plus subtile qu’il n’y parait. En créant, de façon bien organisée, la paralysie de fait de l’Europe, il m’apparaît qu’on a surtout voulu préserver les autres baronnies qui la gouvernent déjà.
On a réinventé, pour l’Europe, une nouvelle IV° République à la mode française de jadis, en organisant son impuissance généralisée. Et, pour cela, on applique à la lettre et sans vergogne le traité de Lisbonne en instituant une hydre à 5 têtes dont aucune ne sera à la tête de l’Europe, ni de personne, pour ne faire d’ombre à qui que ce soit, Sarkozy et Merkel surtout.
Désormais, nous avons donc d’abord la présidence des chefs d’état qui va continuer de changer tous les 6 mois et qui, chacun, veulent marquer leur passage aux affaires par une nouvelle orientation selon leur propre sensibilité.
Nous avons ensuite le Président de la Commission, Mr Barroso, qui organise son propre gouvernement au prix de dosages savants, de pouvoirs et de contre-pouvoirs (cf : le tout récent compromis Barnier qu’on a mis de fait sous tutelle anglaise). Le choix en lui-même de Mr Barroso pour un nouveau mandat répondait déjà au plus petit dénominateur commun pour ne déranger personne qui entend garder la haute main sur les "affaires" de l'Europe.
Il y a ensuite le Président du Parlement. Puis, vient ensuite, le nouveau “ministre” des affaires étrangères (notre baronne anglaise) qui va être dotée, elle, d’une super-administration bien nourrie en nombre de fonctionnaires à sa disposition. Et, enfin, pour compléter le tout, le Président du Conseil européen, Mr Van Rompy, bien moins loti que sa baronne de consœur.
Le Conseil qu’il présidera est composé des 27 chefs d’état et qui, seuls, sont habilités à prendre les décisions essentielles. Son pouvoir de “Président” sera, on s’en doute, limité à n’être que l’ambassadeur de cet aréopage, face à l’autre ambassadeur en titre (notre baronne), et face encore aux présidents tournants qui ne manqueront pas de parcourir le monde pour représenter, eux aussi, l’Europe.
COMMENT VOULEZ-VOUS QUE ÇÀ MARCHE ?
Qui sera en fait le représentant de l’Europe dans le concert international ? Personne, ou plutôt un trop-plein de personnes disparates ayant chacune sa propre vue des choses.
On ne peut que regretter que, parmi tout ce beau monde, il n’y ait donc aucune personnalité charismatique qui ait “de la gueule”, capable d’être reconnue et d’avoir l’autorité nécessaire pour exprimer la position de l’Europe dans les affaires internationales. Il fallait à ce poste une personnalité de premier plan, non pas un ministre falot.
Je suis indigné de ces combinaisons d’arrière-boutique pour ménager les susceptibilités des uns et des autres qui ne veulent en rien perdre la moindre prérogative. On marche sur la tête.
Le projet de constitution de Giscard d‘Estaing avait, lui au moins, le mérite d’éviter cette cacophonie qui mène droit à la paralysie de l’Europe. Dommage que, pour des raisons de pure politique intérieure (les français voulaient, à l’époque du référendum, régler d’abord leurs comptes avec le gouvernement Raffarin-Chirac), nos dirigeants n’ont pas su mettre en valeur les vrais enjeux.
RÉINVENTER UN PRÉSIDENT DE L'EUROPE
L’Europe, aujourd’hui, est bien en panne. Même si le nouveau Traité de Lisbonne contribuera d’éviter certains blocages que le calamiteux Traité de Nice (voulu à l’époque par le duo Chirac-Jospin) avait institués.
Au moment où le monde est en train de basculer, où ses affaires ont tendance à se traiter désormais entre les États-Unis et la Chine - et au besoin avec quelques autres pays émergeants comme le Brésil et l’Inde - l’Europe avait urgemment besoin d’une tête, et non pas d’une impuissante IV° République bis.
Les citoyens européens doivent se réveiller, reprendre les choses en mains, et dire leur ferme détermination à avoir leur place dans les affaires mondiales. Tout est à construire encore.
Et la fonction de “Président de l’Europe” reste à inventer.
23:55 Publié dans BILLETS 2009 | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : udf, mouvement démocrate, bayrou, politique, débats de société
dimanche, 01 novembre 2009
À PROPOS DE L'IDENTITÉ NATIONALE
BILLET DU 1er NOVEMBRE 2009
“À quoi bon relancer cette affaire ? Ernest Renan (1823-1892) a déjà tout dit”. C’est la réaction spontanée d’Alain Juppé, l’ancien Premier Ministre, à l’annonce de Mr Besson de “lancer un grand débat” sur ce sujet de l’identité nationale.
Mr Juppé, à son tour, a tout dit.
UNE FICELLE UN PEU GROSSE
À la question “pourquoi relancer le débat ?”, force est d’admettre que la ficelle est un peu grosse : chaque fois que le gouvernement, ou Mr Sarkozy, est en difficulté, il relance soit le thème de la sécurité, soit celui de l’immigration, ce dernier thème repris aujourd’hui par le biais de “l’identité nationale”. Cela relève du cynisme. Et c’est même contre-productif par rapport au problème sérieux qu’est celui de l’immigration qu'il implique.
ERNEST RENAN A DÉJÀ TOUT DIT
Autre avancée de Mr Juppé : nous vivons toujours sur l’idée de Renan, sur son célèbre discours “Qu’est-ce qu’une Nation ?”. (“L'homme n'est esclave ni de sa race, ni de sa langue, ni de sa religion, ni du cours des fleuves, ni de la direction des chaînes de montagnes. Une grande agrégation d'hommes, saine d'esprit et chaude de coeur, crée une conscience morale qui s'appelle une nation. Tant que cette conscience morale prouve sa force par les sacrifices qu'exige l'abdication de l'individu au profit d'une communauté, elle est légitime, elle a le droit d'exister” (extrait).
Une Nation, c’est, d’abord, un plébiscite permanent : à tout moment, une Nation est composée d’hommes et de femmes qui veulent la constituer. C’est la volonté nationale qui fait la Nation. En conséquence, le contenu de l’identité nationale ne cesse de varier en fonction des humeurs, des convictions et de la composition de la Nation elle-même.

Une Nation, c’est aussi une capacité de se souvenir et d’oublier ensemble. Le souvenir, c’est un passé : il n’y a pas de Nation sans passé. Même les immigrés de la 2ème génération ont un passé. Le souvenir, oui, mais aussi une capacité d’oublier ensemble. Lorsque, d’une manière obsessionnelle, on ressort des affaires “mémorielles”, on ne sert pas l’identité nationale. Ces affaires sont de la compétence des historiens, du débat public : elles ne doivent pas devenir un thème politique permanent.
Voilà pourquoi la manière utilisée par Mr Sarkozy de lancer ce débat, à ce moment précis de la vie politique et d’une échéance électorale proche, dans un contexte difficile pour lui et une majorité qui se délite, est une mauvaise chose.
DEPUIS 30 ANS....
On peut, pourtant, être à la fois partagé entre l’envie de participer à ce débat, ou vouloir l'ignorer. Parce que ce débat sur l’idée de Nation reste passionnant. Mais il a tellement eu lieu depuis 30 ans en France, avec ces deux idées de Nation : la “nation ethnique” à l’allemande, et la “nation républicaine” à la française. Tout ceci est archi-connu et tout a déjà été dit. Va-t-on remettre ce même disque usé ?
Et ce n’est pas aujourd’hui parce que Mr Sarkozy est “dans les choux” qu’il faut remettre çà ! La ficelle est trop énorme.
Donc, de par la volonté présidentielle, “on” va lancer un grand débat. On est, d’ores et déjà, assuré qu’il n’en ressortira rien, pas plus sur celui-ci que sur d’autres précédents lancés à propos d’autres “grands” sujets lancés en bouées de secours dans d’autres circonstances difficiles. Ce ne sera que temps perdu pour créer un écran de fumée face aux difficultés où nous sommes aujourd’hui. C’est du pur “management” politique de période de crise.
Il serait mille fois préférable, au lieu d’un débat, de mettre notamment en place un vrai service civique et civil qui soit en mesure d’habiliter les projets et les associations, pour offrir aux jeunes générations de vrais projets d’avenir et, ainsi, remplacer le (malheureusement défunt) service militaire universel, lequel était bien, qu’on l’admette ou pas, le vrai creuset républicain de l’identité nationale par le brassage social qu’il autorisait.
Ce serait infiniment plus utile qu’un débat rabâché, ou des colloques promis d’intellectuels en panne d’originalité.
CE N'EST PAS LE RÔLE DES POLITIQUES
Si on veut cependant se placer en dehors de l’actuelle conjoncture politique, on ne peut pas pour autant affirmer que l’identité nationale soit un faux problème. Mais c’est un problème à géométrie sans cesse variable. S’il y a aujourd’hui problème, ce n’est pas un problème d’identité nationale, c’est le problème des identités qui ne sont pas nationales : ils sont géographiques, ethniques, ou encore religieux. Il y a en effet danger que ces identités particulières prennent le pas sur l’identité nationale, ou sur la conscience nationale.
À tout moment, une nation doit donc avoir conscience d’elle-même, des valeurs qu’elle porte, et des projets qu’elle a.
Le rôle des politiques n’est donc pas celui des intellectuels. Le rôle des politiques est de mettre en pratique l’identité nationale républicaine. C’est, entr’autres, s’opposer à la discrimination positive.
(On pense notamment à la loi sur la parité : quel effet a-t-elle eu dans les grandes institutions ? C’est une comédie de prétendre vouloir aider les femmes à accéder aux responsabilités alors que cela a abouti à.... “epsilon”. On a volé les femmes du rôle qu’elles pouvaient jouer dans notre société).
Si l’on veut donc faire encore un débat sur l’hymne national, ou le drapeau à l’école, tout le monde a déjà essayé. Çà a donné quoi ? “La Marseillaise” sifflée dans nos stades, parce que considérée comme un “machin” gouvernemental et non comme l'expression du sentiment national. On n’a pas su expliquer ni faire partager ce sentiment. C’est un échec.
Que les politiques fassent donc leur travail et qu’ils laissent aux historiens, aux philosophes, aux intellectuels le soin de faire le leur.
J’entendais récemment, pour conclure, un commentateur citer cet exemple : si vous demandez aujourd’hui à un jeune français “êtes-vous prêt à mourir pour la patrie ?”, il va se payer de votre tête en s’esclaffant. Si la même question avait été posée au même jeune dans le climat de 1940 et du joug de l’occupant, la réponse aurait été toute différente.
Ceci illustre bien que l’identité nationale n’est pas une constante : c’est un vécu, à un moment précis. Elle n’est pas, ni ne peut être, une vérité durablement établie.
18:53 Publié dans BILLETS 2009 | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : udf, mouvement démocrate, bayrou, politique, débats de société
jeudi, 22 octobre 2009
À PROPOS DE LA PLUME ET LE MINISTRE
BILLET DU 22 OCTOBRE 2009
J’ai longtemps hésité à aborder ici la question qui s’est posée récemment à nombre de français : peut-on nommer à de hautes responsabilité de l’état une personnalité qui, pour en avoir lui-même cédé dans son passé à la tentation, aurait témoigné de son indulgence face à l’une des pires perversités qui soient : la pédophilie ?
Le trouble que peut provoquer une telle question est certain. Il nécessite un peu de recul pour dire et en juger. Si jugement, d’ailleurs est permis.
LA PERSONNALITÉ DE FRÉDÉRIC MITTERRAND
La personnalité de Frédéric Mitterrand - puisqu’ici c’est de lui dont je parle - est pourtant séduisante. Écrivain sensible non dépourvu de talent, cinéaste délicat (on se souvient de sa “Madame Butterfly” sur les écrans, un pur chef-d’œuvre), homme ayant une grande connaissance des médias pour les avoir tous pratiqués avec habileté, producteur, réalisateur, chroniqueur, sa nomination au ministère de la Culture était une chance réelle : enfin un homme de culture dans un fauteuil où on n’a vu que trop défiler des personnages falots et transparents, choisis le plus souvent au gré des nécessités des grands équilibres politiques que de leurs connaissances en matière culturelle.
Pour ma part, je me félicitais de ce choix judicieux : enfin ce ministère allait, peut-être, retrouver un peu d’un éclat qu’il n’avait que trop perdu.
Puis, tel un éclair que nul n’attendait, ce coup médiatique de Mme Le Pen sur les écrans de télévision pour rappeler que, voici plusieurs années, Mr Mitterrand avait publié un ouvrage où il narrait complaisamment ses aventures sexuelles marchandées en Thaïlande.
À cette époque, le livre n’avait suscité aucune vague : tout au contraire, certains avaient même salué le courage d’une telle relation de faits sordides que toute morale - même la plus blasée - réprouve. Et, en effet, il fallait une certaine audace d’une telle franchise jetée en pâture à des lecteurs non affranchis.
Sitôt cette révélation très médiatique, on a vu s’élever tous les censeurs d’un soir, même chez les propres amis de la famille politique de Mr Mitterrand.
DÉMISSION ?
“Démission !” a-t-on jeté ici ou là. "Pas question" de garder comme ministre un tel personnage dont le visage devenait odieux et digne d’être livré à l’opprobre publique !
Si nous étions dans un autre pays que la France, notamment aux U.S.A., cette démission se serait imposée sur le champ : on ne connaît que trop le caractère pointilleux de ces civilisations puritaines qui disent en même temps la morale, alors qu’en secret ils n’hésitent pas de la bafouer tout autant. Une forme comme une autre d’hypocrisie bien-pensante qui donne bonne conscience à la meilleure société exposée en vitrine de la Nation.
En France, les réflexes sont différents. La démission n’est pas le réflexe que l’on met spontanément en avant. Ce d’autant qu’aucune action judiciaire n’était ouverte contre cet auteur soudainement rendu coupable.
Il faut reconnaître que, face à la vague qui menaçait de l’emporter, Mr Mitterrand a agi avec une certaine habileté, ébranlant même plusieurs de ses détracteurs, lesquels se sont retrouvés soudain en position de défense face à certaines de leurs déclarations trop conventionnelles.
VIE POLITIQUE ET VIE PRIVÉE
Cette “affaire” met donc, une fois de plus, en opposition la logique de la vie politique à celle de la vie privée. Et il aura suffi d’une phrase - une seule, celle de Mr Mitterrand sur l’affaire Polanski - pour que celui-ci voie sa vie basculer. Car, même s’il ne démissionne pas, soutenu en cela par son “auteur” - Nicolas Sarkozy qui l’a projeté à cette avancée sur la scène politique - cette affaire laissera quand même des traces, y compris dans sa vie privée. C’est un tourbillon d’une extrême violence qui révèle combien la vie politique peut être impitoyable et tenter de vous briser.
LA CULTURE DE L'AUTODAFÉ
Pour ma part, je n’ai pas la culture de Mme Le Pen, celle des autodafés. Il n’appartient à personne de renier, voire brûler ce qu’a écrit un auteur.
Quel écrivain ne se s’est un jour inspiré dans sa nouvelle, ou dans son roman, de la vie des individus dans leur quotidien, avec leur part inévitable de turpitudes ? Celles-ci, dans leur narration, apportent même souvent le sel nécessaire pour lui donner une grande part de son intérêt, voire lui assurer son succès littéraire.
Si Gide ou Montherlant étaient toujours de ce monde et avouaient aujourd’hui ce qu’ils ont fait eux-mêmes, ils seraient passibles des tribunaux. Wilde est passé lui aussi par l’épreuve de la prison pour de simples faits bien moins graves. Faut-il pour autant condamner et jeter ces auteurs aux gémonies ?
Ce qui, là, est un atout pour un écrivain devient, ici, une objection - j’allais dire une abjection - pour un homme public.
QUELLE EXEMPLARITÉ ?
On attend de fait que l’homme politique soit exemplaire. Mais de quelle exemplarité parlons-nous ? Doit-il être exemplaire au sens qu’il soit sans tâche et inattaquable ? Dans ce cas un examen au microscope révélerait que les hommes politiques ne sont pas inattaquables, y compris sur le plan sexuel où ils ont souvent des vies assez compliquées et peu exposables en public. Ou bien l’homme politique doit-il être exemplaire au sens de la sincérité, de l’honnêteté, voire même de sa capacité de repentance ?
Je pense que Mr Mitterrand est plutôt “exemplaire” (je mesure le mot) dans cette seconde catégorie-là, de celle qui assume sa part d’ombre et témoigne de sa profonde humanité, avec ses faiblesses avouées.
L’homme politique n’a pourtant pas droit à une particulière immunité. Mais l’on mesure le fossé qui sépare l’homme de la rue, habitué à une certaine indulgence pour celui qu’il croise dans son quotidien, professionnel ou familial, et l’élite auquel ce même homme de la rue est peu enclin à admettre ses éventuels travers.
Mais quand on sait qu’à partir d’un cas particulier les français sont naturellement portés à légiférer, moraliser, philosopher sur la société toute entière en y mêlant tout ce qui l’environne, on mesure ce qu'est le risque de faire partie de l’élite publique qui, elle, s’expose à ces aléas et sur lesquels elle a si peu de prise.
Le métier de politique n’est pas du tout un métier comme un autre. C’est une haute exigence qu’embrasse celui qui s’y engage. Une sorte de sacerdoce où il doit faire don de sa vie privée.
22:54 Publié dans BILLETS 2009 | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : udf, mouvement démocrate, bayrou, politique, débats de société
mercredi, 21 octobre 2009
LES TICKET-RESTAURANTS EN MAIRIE DE NÎMES
Le Midi Libre de ce 21 Octobre évoque de nouveau, en page 2 de son édition de Nîmes, la question des ticket-restaurants au personnel municipal.
Quoique n’étant plus élu municipal ni en charge du personnel - et que je veuille exercer un droit de réserve absolu sur les décisions prises par la nouvelle équipe et ceux qui ont en charge cette lourde délégation - je dois rappeler que cette question des ticket-restaurants est une très vieille revendication que j’avais déjà en mains pendant les années où j’en avais la délégation (2001-2003).
Les études que j’avais fait alors entreprendre sur ce sujet m’avaient conduit à être favorable à l’instauration de ces tickets et j’avais alors présenté un projet de mise en place de ce système de rémunération ; lequel, s’il est bien assorti de certains avantages en matière de charges pour l’employeur, a aussi un certain coût financier qui, on le conçoit, peut faire reculer les décideurs financiers dans le cadre d’une gestion purement comptable.
Ma proposition d’instauration avait donc été rejetée pour ce motif.
Mais, au-delà de toute polémique, je maintiens que je reste favorable à cette instauration : si, dans un cadre comptable étroit on peut en effet être porté à rejeter ce système en raison de son coût relatif, j’avais alors considéré qu’il fallait aussi élargir le champ de vision et voir les retombées économiques que ce système aurait sur l’économie nîmoise, et particulièrement sur les métiers de bouche (*). Ce serait pour eux un booster non négligeable : et, comme beaucoup, ils en ont besoin. C’est pourquoi, vu sous cet angle, j’étais favorable à l’instauration de cet avantage salarial.
C’est donc une question de culture et de stratégie économique globale. Mais c’est surtout un choix politique.
Même si je respecte celui en vigueur actuellement, je n’en partage pas pour autant sa vision.
François VAN DE VILLE
Ex-élu municipal de Nîmes en charge du personnel
Ex-Conseiller d'Orientation au Centre National de la Fonction Publique Territoriale
(*) : la Mairie de NÎMES compte plus de 2.000 agents titulaires
23:26 Publié dans VIE LOCALE | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : udf, mouvement démocrate, bayrou, politique























